« Grève corporatiste » ou « signal d’alarme » : politiques et médecins s’affrontent autour de la grève des libéraux

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Alors que les médecins libéraux sont en grève jusqu’au 15 janvier, le mouvement continue de susciter des réactions contrastées dans le champ politique et parmi les figures médicales médiatiques. Yannick Neuder, Bruno Retailleau, Ségolène Royal, mais aussi Isabelle Balkany ou Gérard Kierzek les commentaires pleuvent...

« Grève corporatiste » ou « signal d’alarme » : politiques et médecins s’affrontent autour de la grève des libéraux

© DR.

La grève des médecins libéraux, lancée le 5 janvier pour dénoncer les contraintes croissantes pesant sur l’exercice médical, la bureaucratisation du soin et le manque de reconnaissance de la médecine de proximité, est soutenue par la quasi-totalité des syndicats représentatifs de la profession. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a de son côté indiqué que « l’activité a baissé de 15% chez les généralistes et de 6% chez les spécialistes » lors de la journée du 6 janvier, tout en appelant à maintenir la continuité des soins.

Au-delà des positions institutionnelles, plusieurs personnalités politiques et figures médicales ont publiquement commenté ou soutenu la mobilisation.

« Des médecins ultralibéraux aux revenus élevés »

Dans une tribune publiée sur le site de Libération, le Pr André Grimaldi, professeur émérite de la Pitié-Salpêtrière et figure historique de la défense de l’hôpital public, condamne fermement la grève des soins. Il estime que « pour rompre le front du refus de la médecine libérale, il faut, comme l’aurait dit Georges Pompidou, “arrêter d’emmerder les généralistes” ». Par ailleurs, l’ancien diabétologue dénonce une stratégie qui prendrait, selon lui, les patients « en otage » et viserait à « créer une situation sanitaire politiquement insupportable ». Il attribue le mouvement à des médecins « ultralibéraux » aux revenus élevés et favorables aux dépassements d’honoraires, qu’il oppose à des praticiens « raisonnables », aux revenus plus modestes et pris dans un « étau de contraintes administratives ».

« Une grève pour le système de santé et pour les patients »

À l’inverse, le Dr Gérald Kierzek, urgentiste à l’AP-HP, a exprimé son soutien dans une vidéo diffusée sur X. Il affirme que « ce mouvement n’est pas une grève corporatiste : c’est une grève pour le système de santé et pour les patients ». Il alerte sur une médecine « de plus en plus sous administration, sous bureaucratie », dont les effets seraient déjà visibles à l’hôpital, où « le pouvoir de décision des médecins fond comme neige au soleil ».

« Une colère immense, profonde... »

Sur le terrain politique, l’ex ministre, le député et médecin Yannick Neuder évoque « un signal d’alarme d’un système arrivé à bout de souffle ». Il souligne que « la santé continue trop souvent d’être considérée comme une dépense et non comme un investissement pour l’avenir » et appelle à « refonder la confiance, redonner du sens et bâtir une perspective durable pour notre système de santé ». Sur X, il demande à la ministre de la Santé « d’ouvrir sans délai une concertation, un véritable Duquesne des professions de santé pour renouer le dialogue et la confiance », évoquant une « colère immense, profonde » et un « épuisement profond des professions médicales et paramédicales ».

« L'épuisement d'un système piloté par la technocratie »

Le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, s’inscrit dans la même ligne en estimant que « la grève des médecins libéraux révèle l’épuisement d’un système de santé piloté par la technocratie, qui a oublié le sens du soin ». Il appelle à « refonder la confiance et soutenir ceux qui soignent ».

Ségolène Royal a également apporté son soutien aux médecins libéraux sur X, rappelant qu’ils « alertaient depuis 2002 sur la désertification médicale ». Elle les qualifie de « combattants de première ligne de la santé » et souligne qu’« avant, il y avait pour tout le monde un médecin de proximité, y compris dans les villages », mettant en garde contre une régression du système de soins.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/greve-des-medecins-liberaux-marguerite-cazeneuve-juge-que-la-mobilisation-nest-plus

« Ce n'est pas en faisant grève qu'on va y arriver »

Parmi les prises de position critiques, Gérard Raymond, président de France Assos Santé, s’interroge sur l’efficacité du mouvement, estimant que « ce n’est pas en faisant grève parce qu’on leur impose certaines petites contraintes qu’on va y arriver ». Il se dit « abasourdi » par le maintien de la grève malgré un contexte sanitaire tendu, évoquant notamment les épisodes de grippe et les conditions climatiques.

Isabelle Balkany a, de son côté, exprimé un soutien sans réserve aux médecins libéraux, affirmant sur X que « la France les traite de façon honteuse » et rappelant leur rôle essentiel auprès des patients : « ils nous écoutent, nous protègent, nous aident, ils nous sauvent ».

Enfin, le député Olivier Fayssat (Union des droites pour la République, Bouches-du-Rhône) dénonce un PLFSS qu’il qualifie de « défaite pour les patients, notre système de santé et les médecins », pointant « des mesures qui fragilisent la médecine libérale » et rappelant que « la solution n’est jamais l’obligation ni l’interdiction, mais l’incitation ».

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