« Greenness » : faut-il prescrire de la nature ?

Avec 593 articles publiés sur Pubmed concernant la « greeness », les effets de la verdure sur la santé sont abondamment documentés. Serait-on passé à côté de la tendance « vert sapin » en France ? Câliner un arbre (on appelle ça un  « tree hug ») serait-il aussi efficace sur la santé de nos patients que les médocs ? Si la balade au square le plus proche remplace l'ordonnancier (en papier non recyclé en plus), doit-on accrocher un bouquet de gui au-dessus de la table d'examen ? Alors la verdure, pour la santé, C'est green ou c'est pas green (triste référence que les millenials bourgeonneux pourraient ne pas connaître) ?  

LA GREENNESS : LE POUVOIR DU VERT 

La greenness, terme imparfaitement traduit par « verdure » au pays du Géant vert, est le fait d’avoir dans son environnement des espaces verts (de plantes). Pourquoi ça ferait du bien ? Il se trouve qu’en 3 millions d’années, l’homo sapiens est passé de journées de cueillette et chasse dans la nature à la grisaille de l’open-space, avec pour toute chasse une virée chez Monop’ et/ou sur Tinder.

Certes, le bon sens nous permettait déjà de suspecter que l’environnement bétonné virant vers le saumoné de l’hosto n’était pas du plus grand réconfort ; mais au-delà, tout cela aurait des conséquences lourdes en termes de santé physique et psychique, si l’on en croit les alertes désormais orissantes dans la littérature verte. Les experts s’accordent à dire qu’il ne faudrait pas vivre à plus de 2 km d’un espace vert [1]. 

LA PANACÉE COULEUR ÉMERAUDE 

En effet, asthme, cancers, migraines, infections urinaires... seraient moins fréquents à proximité de Mère Nature [1], dont le pouvoir rendrait verte de jalousie l’industrie pharma. La greenness semble donc être le remède miracle, qui pourrait aussi remplacer Slim Fast et autres Weight Watchers. Une étude chez 300 000 British montre qu’une augmentation d’un interquartile du taux de verdure près du domicile était associé à -0.3 d’IMC [2] ! L’augmentation de l’activité physique associée au fait de vivre à proximité de verdure en est l’un des mécanismes potentiellement explicatifs.

La greenness tient donc le haut du pavé : comme en témoigne l’engouement pour la décoration végétale, colonisant cafés branchés, boutiques de luxe et autres appartements en vue ; et aussi, le fait que les logements proches des espaces verts soient en général trustés par les CSP+... 

Ce qui peut aussi en expliquer certains bénéfices sanitaires. Ces bénéfices constatés, par exemple, sur les enfants à naître des mommies texanes ne résistent pas à l’ajustement sur l’ethnie et le niveau d’éducation [3]. On ne prêterait donc qu’aux riches, et se taper une biblio de 500 articles pour découvrir que mieux vaut être jeune, riche et vivre dans un endroit sympa pour être en bonne santé donnerait envie d’enfiler un gilet jaune par-dessus la blouse... 

SOLEIL VERT OU GAZON MAUDIT ? 

Avant de se venger en balançant ce vieux yucca Ikea à la poubelle, une toute récente étude redonne foi dans le green power. En observant la santé mentale en regard du lieu de résidence d’1 million de petites têtes blondes danoises de 0 à 10 ans, on s’aperçoit que ceux dont le cadre de vie est le plus dénué de verdure ont jusqu’à 55 % de risque de souffrir d'un trouble psychique. Et cela indépendamment des statuts socio-économiques, antécédents familiaux et âge parental [4]... De quoi inciter politiciens « green-washés » et promoteurs véreux à planter des petites graines dans les projets d’urbanisation... En attendant, la prescription de sylvothérapie permet de voir le verre à moitié plein. Il s’agit de la pratique très en vogue au Japon du « bain de forêt ». S’immerger dans une forêt aurait des vertus apaisantes, indépendantes de l’effet de la marche, avec notamment une diminution de la TA au contact des conifères et autres résineux [5]. Alors ce printemps, tous au vert !
 

* Le Cinquième Élément de Luc Besson Références
1. Browning M. What Distance Does "Greenness" Best Predict Physical Health? A Systematic Review of Articles with GIS Buffer Analyses across the Lifespan. Int J Environ Res Public Health. 2017.
2. Sarkar C. Residential greenness and adiposity: Findings from the UK Biobank. Environ Int. 2017.
3. Cusack L. Associations between residential greenness and birth outcomes across Texas. Environ Res. 2017.
4. Engemann K. Residential green space in childhood is associated with lower risk of psychiatric disorders from adolescence into adulthood. Proc Natl Acad Sci U S A. 2019.
5. Ideno Y. Blood pressure-lowering effect of Shinrin-yoku (Forest bathing): a systematic review and meta-analysis. BMC Complement Altern Med. 2017.
Portrait de Jean-Victor Blanc

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