Familles d'écueil

Critique de "Un endroit comme un autre", de Uberto Pasolini (sortie le 8 décembre 2021)

John, père célibataire atteint d'un cancer incurable, ne peut se résoudre à ce que son fils Michael soit confié à n'importe quelle famille. Il s'engage alors dans un processus d'adoption "par anticipation", en demandant aux services sociaux de rencontrer avec lui les familles qui pourraient l'accueillir, et se confronte à l’écueil inévitable de sa recherche… Un film sobre et poignant pour cette fin d'année cinématographique marquée, décidément, par la fin de vie.

Les films de fin d'année sont souvent propices à réinventer le monde, explorer des contrées imaginaires ou bien savourer des fins heureuses qui n'existent que dans les contes. Rien de tout cela dans Un endroit comme un autre, ce qui en fait un OVNI au sein de la kyrielle de films consacrés à des duos père-fils confrontés au malheur, tout autant qu'il clôt, dans une veine pour le coup fort classique - comme Supernova avant lui - une séquence impressionnante de films consacrés à la fin de vie. 

Il y a deux aspects dans ce film, de qualité inégale, empêchant d'être pleinement captés par sa délicatesse infinie. Le premier, c'est la force du personnage central, ce père à la fois blessé et marmoréen, interprété avec une épure bienvenue et convaincante par James Norton. Epaulé par son jeune partenaire dont le côté touchant est plus exploité que dirigé, il compose dans ces moments d'interstice, où il se passe à la fois presque rien et l'essentiel, un homme hanté par la peur de reproduire ce qu'il a vécu en tant qu'enfant. Mais aussi confronté au dilemme de laisser un souvenir ou non à un fils qu'il a réussi, semble-t-il, à protéger de l'abandon soudain de sa mère. Il offre en cela bien plus que le portrait d'un homme affrontant dignement la mort. Le problème est peut-être que ces moments en creux, qui font le coeur du film, sont encadrés par des rencontres répétitives avec des familles d'horizons et de mentalités divers qui banalisent quelque peu le propos. Handicapé par ce canevas narratif qui montre ses limites, le réalisateur ne parvient finalement pas vraiment à faire décoller son film. Tout cela reste forcément poignant, qui plus est ni mièvre ni racoleur, et rehaussé par des réminiscences de Ken Loach conférant au film une véritable atmosphère. Ce qui n'est déjà pas si mal.

 

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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