Exercice médical : « Plus personne ne s’installe seul ! »

Exercer en groupe est devenu presque naturel pour la nouvelle génération de praticiens. La maison de santé pluridisciplinaire apparaît comme un lieu parfaitement adapté aux envies et aux ambitions de ces jeunes professionnels de santé. Témoignage.
 

Elle a le sourire aux lèvres. « Les clés m’ont été livrées hier ! », explique-t-elle. Marie Torre est orthoptiste. Elle s’apprête à prendre à ses quartiers dans la toute nouvelle maison de santé pluridisciplinaire (MSP) qui a vu le jour à Liffré, petite commune de 7500 habitants située dans le département d'Ille-et-Vilaine, au nord de Rennes.
 
La maison de deux étages accueillera une quinzaine de praticiens, de spécialités variées et complémentaires : généralistes, pédiatres, kinés, ostéos, infirmiers, dentistes, sophrologues, psychologues… Le projet vient d’être livré ; c’est un peu son bébé. « On a monté ça avec des confrères ; on se connaît tous, on a tous entre 35 et 40 ans. Au début, on était quelques-uns, puis d’autres se sont greffés. Et nous voilà prêts à nous lancer ! On va emménager petit à petit, mais certains vont ouvrir très vite. Potentiellement, on peut démarrer… demain ! »
 
« On ne voulait plus être locataire »
Quand Marie Torre s’est installée à Liffré il y a six ans, elle s’est heurtée à une difficulté : trouver un local adapté. « Même en location, il n’y en avait pas ! J’ai fini par prendre un appartement où j’ai aménagé une salle d’attente et de consult’… Et pour tous les autres praticiens, c’était la même problématique ».
 
Vient alors l’idée de se regrouper pour monter une structure tous ensemble… et pouvoir mener à bien leur projet de vie. « Nous avions tous envie d’investir dans l’immobilier, ne plus être locataire. Et c’est ce qui a pu se passer avec cette maison de santé : nous avons presque tous acheté nos cellules ».
 
Mutualiser les locaux, les moyens, le quotidien… c’est devenu un réflexe chez les jeunes praticiens. De plus en plus de professionnels de santé exercent en structures de soins coordonnés et y trouvent de multiples avantages un exercice plus transversal avec de nombreux échanges interprofessionnels, des conditions de travail plus agréables, une possibilité de financer des projets, une grande souplesse dans la gestion et l’organisation du temps de travail, … « Et puis, on n’est pas tout seul… et ça change tout ! Plus personne ne s’installe seul, aujourd’hui les gens veulent se regrouper. Il était temps que Liffré ait sa maison de santé ! ».
 
Des structures porteuses de projets
A travers ce projet immobilier et professionnel, Marie Torre a pu développer d’autres axes liés à sa pratique. En tant qu’orthoptiste, elle est autorisée à effectuer certains actes d’ophtalmologie, notamment en téléconsultation. Mais cela exige de respecter un protocole fixé par l’ARS, qui soulève plusieurs obstacles : « il faut un serveur sécurisé, des machines assez chères… ». La praticienne a travaillé avec Office Santé pour monter un dossier de financement. « Ils m’ont aidé à trouver les investissements nécessaires pour acquérir la machine ».
 
Car c’est aussi ça, les maisons de santé : des professionnels regroupés autour de pratiques en constante évolution, qui expérimentent, innovent, se lancent. Et chacun le fait « à sa sauce » : si certaines MSP sont construites sur un projet de santé, où les praticiens développement des protocoles de soins coordonnés, font des actions de prévention, se lient avec les autres acteurs du territoires…, d’autres fonctionnent de manière plus autonome. « Nous avions décidé, dès le début du projet, de conserver une forme de liberté. Développer un projet de santé, c’est plus contraignant : il faut rendre des comptes, mener des actions spécifiques… On fonctionne plutôt sur le modèle du pôle médical. »
 
Cette souplesse leur permet aussi à tous, trentenaires et jeunes quadras, de concilier leur vie professionnelle et leur vie privée - ce à quoi la nouvelle génération de praticiens aspire.
 
Pour la commune bretonne, l’ouverture de la maison de santé est de bon augure. « Liffré va continuer de s’étaler en superficie ; il y a un enjeu d’accès aux soins, et ce type de structures permet d’y répondre. Ça va renforcer l’offre médicale et rendre la ville plus attractive. Le montage a déjà attiré trois médecins généralistes qui se sont installés au rez-de-chaussée. Il nous reste des cellules disponibles ! ». Avis aux amateurs…

Portrait de Marion Guerin

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