Exercer tout seul, c’est pénaliser ses patients

Trois questions au Dr Didier Ménard

Dans Les Maladies chroniques (1), ouvrage collectif dirigé par le Pr André Grimaldi, le Dr Didier Ménard défend une thèse plutôt hardie : si on exerce tout seul, on ne peut pas vraiment aider un patient chronique. Généraliste en Seine-Saint-Denis, ancien président du Syndicat de la médecine générale, il développe cette idée-choc pour What’s up Doc.

 

What’s up Doc. Vous écrivez que le généraliste, s'il fait bien son travail, fait émerger des problèmes qu'il ne peut pas résoudre. Comment est-ce possible ?

Didier Ménard. Si un généraliste cherche à comprendre la cause de la plainte de son patient atteint de maladie chronique, il va l’aider à exprimer le problème auquel il est confronté dans sa globalité. Les difficultés peuvent être de plusieurs ordres : psychologique (ras-le-bol, déni, difficultés relationnelles…), social (problématique de ressources, de dettes…), etc. Autant de problèmes qui ne peuvent pas toujours être résolu par les outils traditionnels du médecin : la prescription, le conseil ou la bienveillance. S’il est tout seul, le praticien va donc se trouver dans une situation d’impuissance, et va avoir tendance à éviter de faire émerger les problèmes.

WUD. Vous allez jusqu'à écrire que l'exercice isolé pénalise les malades chroniques… Vous n’y allez pas un peu fort ?

DM. Non. Dans la maladie chronique, ce qu’on cherche à éviter, c’est l’évolution vers la complication. Et cela nécessite tout un arsenal. Certains patients sont en mesure de mobiliser les ressources nécessaires à la mise ne place de cet arsenal (changement de comportement, nutrition…). Mais si ce n’est pas le cas, Il faut toute une équipe autour du patient. Le médecin isolé ne rend alors pas service à son patient

WUD. Concrètement, qu’est-ce qu’un médecin qui exerce en équipe peut faire de mieux qu’un médecin isolé ?

DM. Un généraliste repère sur le territoire toutes les ressources dont peut avoir besoin le patient. Le cardiologue, le pneumologue, mais aussi les assistantes sociales, les prestataires de maintien à domicile… Imaginez le temps et l’énergie qu’il faut pour trouver toutes ces ressources si on est tout seul ! Il faut ajouter que tout cela se fait dans le cadre d’un travail de bénévolat. Si le médecin est au contraire dans une structure de type maison ou pôle de santé, ce travail de mobilisation peut être fait à plusieurs. Il y a même parfois une personne dédiée à la coordination dans l’équipe. Sans compter les budgets qui peuvent être alloués à la structure par les pouvoirs publics pour effectuer ce travail. Certes, ces sommes sont encore largement insuffisantes, mais si l’on compare à ce qui existait avant, il est indéniable qu’on a progressé.

(1) Pr André Grimaldi, Yvanie Caillé, Frédéric Pierru, Didier Tabuteau, Les maladies chroniques, éditions Odile Jacob, mars 2017. 772 p, 24,9 €

Source: 

Adrien Renaud

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