Épuisement, discrimination : les jeunes femmes médecins dans la ligne de mire

8 mars, journée internationale des droits des femmes

Tout change car rien ne change : si la féminisation de la profession de médecin va galopant, en revanche les discriminations liées au genre semblent aussi prégnantes chez les femmes de moins de 45 ans, que chez les femmes de plus de 45 ans. C'est ce que révèle une étude de syndicats de médecins. 

C’est une enquête de grande ampleur que vient de rendre publics les syndicats Action praticien hôpital (qui regroupent les intersyndicales Avenir Hospitalier et Confédération des praticiens des hôpitaux), associés au syndicats Jeunes médecins, sur l’équilibre vie privée/vie professionnelle pour les praticiens à l’hôpital public. « L’idée date de 2013 alors que je travaillais en chirurgie digestive, un univers uniquement masculin. Puis j’ai vu arriver des femmes, elles se comportaient de manière très différentes, c’était un phénomène sociologique. J’ai pensé qu’il fallait creuser le sujet », se rappelle Nicole Smolski, présidente d’honneur de Action praticien hôpital. Car de fait, cette enquête interroge avant tout le ressenti des femmes médecins au travail. Elle a été adressée à plus de 45 000 PH et PUPH. Les internes, via l’Isni, n’ont pas désiré s’associer à cette enquête.

Epuisement chronique chez les jeunes femmes médecins

En tout et pour tout, ce sont 3150 questionnaires complets qui ont été reçus. « Nous avons distingué les femmes de plus et de moins de 45 ans », ajoute Nicole Smolski. Le syndicat Jeunes médecins a apporté sa contribution en diffusant le questionnaire auprès de ses adhérents, mais aussi via les réseaux sociaux. Premier enseignement : « 62% des répondants sont des femmes alors que la répartition, dans les rangs des PH, c'est plutôt l’inverse. » Et si elles répondent autant, c’est peut-être aussi parce qu’elles ont beaucoup de choses à exprimer. Surtout chez les jeunes femmes médecins, qui confessent un épuisement chronique plus important que chez les celles de plus de 45 ans. « 58% des femmes se sentent en épuisement chronique dont 62% des jeunes femmes », établit l’enquête. Car à la charge de travail importante, s’ajoute « une répartition des taches domestiques et ménagères » très asymétrique entre les hommes et les femmes, qui n’épargne pas les nouvelles générations de médecins. « La répartition des tâches domestiques et ménagères est très asymétrique entre les hommes et les femmes, donc le niveau d’études élevé et le fort investissement professionnel ne changent pas les mentalités, et ce même pour les jeunes de moins de 45 ans. » 

des médecins interdits de crèche 

Un chiffre clé : 54% des femmes considèrent que la garde des enfants est problématique. Ainsi, de manière informelle, sans que cela soit encadré par une réglementation, les crèches hospitalières sont majoritairement fermées aux enfants des femmes médecins. « Ce sont des politiques locales de refuser les enfants des médecins, c’est un vrai sujet », explique Jacques Trévidic, président d’Action praticien hôpital. Il n’est pas non plus prévu de jours d’enfants malades pour les médecins…

Jeunes femmes médecins plus discriminées

Mais c’est surtout au chapitre des discriminations que les jeunes femmes médecins sont les plus concernées. « Les discriminations ressenties liées au sexe sont les plus importantes, avec un gros différentiel hommes/femmes (18% pour les hommes et 43 % chez les femmes, et ce sentiment s’aggrave chez les jeunes femmes pour atteindre 47% ». Autre facteur discriminant pour les jeunes femmes médecins : le renoncement à la formation continue. Ce phénomène les touche majoritairement (55% de renoncement pour les jeunes femmes, 49% pour l’ensemble des femmes, 33% chez les hommes). 

La prévention des risques n’est pas non plus le fort des jeunes générations. « Alors qu’on pourrait penser que les textes permettent voire obligent toutes les femmes à prendre leur congé maternité, au nom de la prévention des risques pour la mère et pour l’enfant, il reste chez les jeunes femmes encore 6% qui ne le prennent pas ». L’arrêt de travail de nuit au 3e mois n’est pas non plus respecté chez près de 6 femmes sur 10. 

Toutes générations confondues, 15% des femmes déclarent avoir subi du harcèlement sexuel, et 18% en avoir été témoins. Plus grave : une véritable omerta semble régner sur ces délits : 46% de ces cas n’ont pas été portés à la connaissance de la communauté hospitalière, et 37% n’ont eu aucune conséquence. Au final 7% de ces plaintes ont abouti à des sanctions à l’égard de la personne responsable. En matière de harcèlement moral, 67% des répondants en ont été témoins. Et seulement 3% de sanctions ont été prononcés. 

Pour améliorer la situation, quatre pistes ont été plébiscitées. Les répondants se sont prononcés en masse pour : 

- la mise en place d’un observatoire des discriminations sexuelles (80% sont favorables)

- une campagne de sensibilisation aux maltraitance diverses (92% sont favorables)

- un CHSCT ouvert aux médecins 

- des droits syndicaux ouverts aux médecins (84% sont favorables). 

 

 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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