En Nouvelle-Calédonie, situation critique à l'hôpital et dans les Ehpad

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L'hôpital de Nouméa bloqué depuis une semaine à cause des barrages et de l'insécurité, des Ehpad ravitaillés par hélicoptère, un manque de médicaments et de nourriture, le personnel épuisé...  En Nouvelle-Calédonie, la vague de violence inédite pousse les systèmes de soins à bout.

En Nouvelle-Calédonie, situation critique à l'hôpital et dans les Ehpad

© Midjourney x What's up Doc

Au Médipôle de Dumbéa, l'hôpital territorial situé dans la banlieue de Nouméa, le hall d'entrée a été réaménagé pour accueillir les patients, jeunes mères avec leurs nouveau-nés, femme enceintes qui ne nécessitent plus de soin... mais ne peuvent pas regagner leur domicile.

En cause, les centaines de barrages qui entravent toujours les routes de l'agglomération, six jours après le début des violences insurrectionnelles causées par une réforme électorale ayant provoqué la colère des indépendantistes. A proximité, des affrontements ont eu lieu avec les forces de l'ordre, et le bâtiment abritant les logements des internes a été incendié.

Un hôpital à l’arrêt et des patients manquant

"Le Médipôle n'est pas la cible d'intrusions. Nous accueillons tout le monde et les urgences sont ouvertes", tempère auprès de l'AFP Leslie Levant, directeur du Médipôle.

Mais si les ambulances orientées par le Samu arrivent encore sur place, l'hôpital reste largement inaccessible, même pour le personnel soignant. Les médecins, infirmiers, etc., qui ne peuvent pas être relevés, dorment sur place, dans les chambres disponibles ou bien les bureaux, précise le directeur.

Quant aux patients chroniques, ils "ont disparu de nos salles d'attente", constate Leslie Levant. "Cela veut dire que des personnes qui en ont pourtant besoin ne se soignent plus, avec un risque d'aggravation de leur pathologie".

Des pénuries d’approvisionnement 

La situation à l'hôpital est "critique", résume un autre responsable du Médipôle, Thierry de Greslan, s'alarmant de la dégradation de la situation sanitaire. Sur France info vendredi, il a estimé que "trois ou quatre personnes seraient décédées" la veille par manque d'accessibilité aux soins.

L'établissement fait face notamment à une pénurie de sang, mais "des centaines de poches (...) sont en train d'être approvisionnées", a déclaré samedi après-midi (à Paris) la ministre déléguée chargée des Outre-mer Marie Guévenoux, interrogée sur BFMTV.

« Libérez les routes, laissez les médecins, les infirmiers aller sauver des gens » 

L'Association de prévention et de traitement de l'insuffisance rénale (ATIR), la principale structure de dialyse du territoire, ne peut plus prendre en charge que 20 patients sur les 200 traités habituellement, indique-t-elle à l'AFP.

"Notre principal centre avec 36 postes de dialyse a été pillé, et les postes sont inutilisables. Une partie des patients a été orientée vers le Médipôle lorsque cela était possible, mais on est sans nouvelles de nombreux patients", détaille son directeur Nicolas Darsault.

"Libérez les routes, laissez les médecins, les infirmiers aller sauver les gens. Laissez les gens circuler", a exhorté le membre du gouvernement Vaimu'a Muliava lors d'une conférence de presse samedi.

Des soucis d’anonymat pour préserver les réserves 

Face aux difficultés d'accès au Médipôle, un poste avancé de secours a été mis en place dans le centre-ville de Nouméa. "Il est régulé par le 15 et n'est pas accessible au public pour éviter une affluence de patients ne nécessitant pas une prise en charge hospitalière", précise à l'AFP Yannick Slamet, membre du gouvernement calédonien, chargé de la santé.

Dans les Ehpad, la FEAPA (fédération des établissements d'accueil de personnes âgées), alerte elle du "risque majeur" encouru par les résidents.

"Nous nous débrouillons comme on peut au jour le jour", explique un de ses membres, évoquant sous couvert d'anonymat pour sa sécurité les pillages de fournisseurs, les réserves de médicaments qui commencent à manquer voire sont épuisées, parfois pour des traitements vitaux, comme le matériel (d'hygiène, comme les couches) et la nourriture.

Un mouvement de solidarité de la population qui ne suffit pas 

"La plupart des Ehpad travaillent avec des sociétés de restauration qui n'ont pas brûlé mais qui ne peuvent plus accéder à leurs locaux", explique la source. Heureusement, "un Ehpad a reçu une livraison de ration alimentaire de l'armée par hélicoptère" et le lendemain un autre a été "réapprovisionné en médicaments" par le même moyen.

Comme à l'hôpital de Nouméa, les salariés sont en sous-effectif, n'ont pas pu "rentrer chez eux et travaillent sans arrêt depuis les blocages", explique la source, parlant de personnel "épuisé".

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La Fédération a listé les besoins prioritaires et espère un réapprovisionnement en urgence. En attentant, "il y a un formidable élan de solidarité de la population", note la source, évoquant les voisins qui "ont amené spontanément de la nourriture" et l'entraide entre Ehpad. "Mais c'est loin d’être suffisant".

Avec AFP 

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