© Delphine Ghosarossian / France TV
What’s up Doc : Qu’est-ce qui vous a amené à devenir médecin ?
Fabien Farge : Je fais partie de ces gens qui ont fait médecine par hasard. Je voulais être pilote de chasse ou cosmonaute. J’ai tenté médecine parce que j’avais échoué au concours pour entrer dans l’armée.
Quand j’ai commencé mes études, honnêtement, je n’étais pas consciente de leur durée, ni ce qu'il y avait comme spécialité.
J’ai passé ma première année à Bordeaux, mon externat à Limoges, et j’ai voulu partir en Martinique pour l’internat. Je suis donc diplômé de la faculté des Antilles et de la Guyane. Une fois officiellement médecin généraliste, j'ai exercé plusieurs années en remplacement entre la métropole et la Guyane.
Ensuite, on m’a proposé un poste dans un cabinet à Saint-Barthélemy. J'y suis resté 4 ans.
Mais, mon rêve a toujours été de faire de la médecine d'expédition.
Vous avez pu réaliser ce rêve ?
F.F : À l’époque, c’était quelque chose qui n'existait pas. J’ai dû monter mes propres expéditions. Je suis parti avec mon père en Amazonie. Nous avons parcouru 12 000 km sur les Rio Sud-Américains en bateau. Ce voyage a été suivi par le quotidien Sud-Ouest. On a même été attaqués par des pirates. Mon père a pris une balle dans le dos et dans le ventre, j'ai géré ses blessures seul en pleine nuit, et je n’étais pas urgentiste à ce moment. L’histoire se termine bien, on a été rapatriés.
Suite aux publications dans Sud-Ouest, le patron du SAMU 40 m’a proposé de travailler pour le Smur à Biscarrosse dans les Landes. Dans cette ville, il y a 12 000 habitants l’hiver et 120 000 habitants l’été. Pourtant, il n’y avait pas de permanence de soins. J’ai accepté et mon job c’était d’être de garde 24h/24 pendant 62 jours. Finalement, j’ai continué d’exercer là-bas tous les étés pendant 18 ans. Le reste de l’année, j’étais dans mon cabinet à St-Barthelemy ou en vadrouille.
D’autres expéditions ?
F.F : Un autre de mes vieux rêves, c’était de travailler dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF). J’y ai fait mon premier hivernage à 39 ans sur l'île de Saint-Paul et Amsterdam, la plus isolée du monde. Après 13 mois là-bas, on m'a resollicité parce que le médecin, qui devait partir sur une autre île, s’était cassé la jambe. J’ai fait la campagne d’été cette fois. Et, 9 mois plus tard, on m’a proposé d’aller faire un autre hivernage sur Concordia.
Après ça, j'ai fait 3 ans de remplacement dans des cliniques pour le groupe Total au Congo, au Bénin et en Angola. Puis, Total m'a proposé un CDI pour monter, avec le Dr Stéphane Racine, la première unité médicale d'urgence offshore.
À 400 km des côtes, on gérait 4 500 personnes sur les plateformes et les bateaux de ravitaillement. On se baladait avec un bateau médical ou des hélicoptères. Bref, j’ai fait ça pendant 10 ans. C'était extraordinaire.
Après, je suis retourné sur Concordia et j’enchainais l’hiver en Antarctique, l’été à Biscarosse.
« J’ai l'habitude de faire des missions longues, mais c’est toujours plus facile pour celui qui part que pour celui qui reste. »
Vous êtes aussi entrepreneur.
F.F : En 2015, avec des amis, on a créé Helper drone. C'est un drone qui largue des bouées aux gens qui se noient. On a même gagné le concours Lépine. Ça nous a poussés à continuer donc nous avons fondé une autre boîte qui s'appelle Shield Robotics avec laquelle on a fait des chiens robots, l’E-Doggy. Ce robot est utilisé par les démineurs, il était présent aux JO et il va bientôt remplacer des ouvriers agricoles pour rentrer les poules dans les poulaillers.
Ensuite, on a créé un logiciel qui permet de prévoir l'évolution des incendies en fonction des données météorologiques.
Dernière invention, le MOB (Man Over Board). Il m'est apparu qu’on n'avait aucune solution rapide, efficace et ergonomique pour sortir une personne qui est, par exemple, tombée de haut dans l'eau sans aggraver les lésions.
Le MOB a eu un franc succès. Il est déjà utilisé dans les TAAF et la marine nationale est très intéressée pour venir en aide aux plongeurs démineurs.
Comment gérez-vous la distance avec vos proches ? Et trouvez-vous le temps de faire une pause ?
F.F : J’ai l'habitude de faire des missions longues, mais c’est toujours plus facile pour celui qui part que pour celui qui reste. La personne qui reste doit s'organiser, réapprendre à vivre seule.
Pour mes amis et mes proches, ce choix de vie les a un peu étonnés mais, maintenant, ça ne les surprend plus. Aujourd’hui, internet permet d'entretenir le lien et puis, au retour, je profite pleinement de mes proches parce que je connais le goût de l'absence.
Par rapport à la masse de travail, Confucius disait que celui qui aime son travail ne travaillera jamais. Je pense que je suis dans ce modèle-là. Je prends quelques semaines de vacances entre mes missions. Ça me suffit.
« Tout au long de ma carrière, j’ai respecté un principe fondamental : ne jamais refuser une opportunité. »
Comment est arrivée l’opportunité de faire une chronique dans le Magazine de la Santé ?
F.F : Au détour d’une conversation, avec un ami qui travaille dans le monde de la télé, nous avons discuté d’une idée de chronique sur les petites urgences du quotidien. Mon ami l’a soumise au rédacteur en chef du Mag’ de la santé, qui l’a toute de suite acceptée.
Pour ma chronique, je pars d'une histoire qui m'est arrivée. Par exemple, quand j'étais dans les TAAF, un collègue s’est planté un hameçon dans la main. Je raconte l’anecdote et j’explique ensuite la marche à suivre.
Depuis peu, j'ai lancé un compte Instagram où je fais des petites vidéos sur le même thème que ma chronique sur France 5.
Un dernier message ?
F.F : Tout au long de ma carrière, j’ai respecté un principe fondamental : ne jamais refuser une opportunité. C’est une chose que j’encourage tout le monde à faire. Grâce à ce mantra, j’ai vécu des expériences incroyables, et ce n’est pas fini !
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