Climat : les médecins emboîtent le pas à Macron

Make our health great again

Emmanuel Macron réunissait mardi à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) les grands de ce monde pour un sommet sur le climat. Voulant lui aussi souffler à sa manière les deux bougies de l’accord de Paris, le Cnom organisait son propre événement de son côté.

Mardi, il fallait choisir son camp. Soit vous alliez à Boulogne-Billancourt, avec Emmanuel Macron, Bill Gates et Michael Bloomberg, pour trouver le moyen de financer la lutte contre le changement climatique. Ambiance « make our planet great again ». Soit vous alliez au siège du Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom), écouter les spécialistes de la question disserter sur les liens entre changement climatique et santé. Ambiance « le changement climatique constitue un défi pour la communauté médicale », selon les mots du Dr Patrick Bouet, président du Cnom. A What’s up Doc, on a hésité, et on a opté pour la deuxième solution.

Il faut dire qu’il y a urgence. Le changement climatique « menace de détruire 50 ans de progrès en santé publique », rappelait fin octobre dernier le rapport du Lancet Countdown, une initiative de 24 institutions internationales qui suit depuis 2015 les progrès réalisés dans le domaine du changement climatique et de la santé. Nicola Wheeler, membre du Lancet Countdown, a rappelé ce matin au siège du Cnom des chiffres choc. « Entre 2000 et 2016, un surcroît de 125 millions de personnes vulnérables ont été exposées à des canicules par rapport à la période antérieure », a-t-elle par exemple estimé. Autre exemple : « la capacité vectorielle du moustique Aedes aegypti à transmettre la dengue a augmenté de 9,4 % depuis 1950 », a indiqué la chercheuse.

Prêts pour un QCM sur le Chikungunya ?

On pourrait continuer longtemps à égrener les chiffres alarmistes. Mais la véritable question est la suivante : que peuvent faire les médecins ? La réponse est simple : d’abord, se former. « Les enjeux liés au changement climatique sont insuffisamment présents lors des cursus médicaux », a par exemple expliqué Anneliese Depoux, coordinatrice du centre Virchow-Villermé à Paris. C’est pourquoi cette institution, qui vise à promouvoir l’innovation en santé publique, a mis au point des Moocs sur le sujet, dont l’un est notamment dédié aux professionnels de santé.

Mais pour les médecins, les besoins de formation vont bien au-delà d’un simple Mooc. « Qui est formé aux zoonoses, aux parasitoses, à la dengue, au Chikungunya, à Zyka, à Ebola ? », demandait ce matin Hélène Rossinot, présidente de la plateforme européenne des internes en santé publique. Autant de compétences qui ne devraient selon elle pas être l’apanage des seuls infectiologues, car dans un futur proche, « des vagues de réfugiés climatiques vont apporter des maladies qu’on ne connaît pas assez bien ».

Et ce n’est pas tout. En plus de s’adapter aux effets inéluctables du réchauffement climatique, les médecins doivent aussi contribuer aux changements de comportement de la population. Ils peuvent par exemple utiliser leur relation privilégiée avec les patients pour faire passer des messages positifs et le moins anxiogènes possible. Car comme l’explique Anneliese Lepoux, « réduire sa consommation de viande ou faire du vélo, c’est bon pour la santé… mais aussi pour le climat ».

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Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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