Charles Darwin ? Un vrai fils de…

« Tu seras médecin comme moi, mon enfant. » Nombreux sont ceux qui ont obéi à cette injonction, verbalisée ou subliminale. Mais il y a aussi eu des rejetons de praticiens pour se détourner de la voie familiale toute tracée… et rencontrer le succès. La preuve aujourd’hui avec Charles Darwin, le premier de notre série !

Quel est le point commun entre Emmanuel Macron et Charles Darwin ? Écartons les réponses polémiques, qui verraient un certain darwinisme social dans la politique menée par le président de la République. Ignorons également les réponses superficielles, qui dresseraient un parallèle phonétique entre Révolution, le livre-programme du locataire de l’Élysée pour 2017, et la théorie de l’évolution qui a rendu célèbre le grand savant anglais. Non, le principal point commun entre les deux hommes tient à leur ascendance : tous deux sont fils de médecin.

Et à ce titre, le Français peut se targuer d’une certaine préséance sur le Britannique : car fils de médecin, il l’est à double titre : son père, le Pr Jean-Michel Macron, est neurologue au CHU d’Amiens, tandis que sa mère, Françoise Noguès, a longtemps exercé comme médecin-conseil à la Caisse primaire d’Assurance maladie (CPAM) de la Somme. Le chef de l’État est par ailleurs doté d’un frère radiologue, d’une sœur néphrologue, et d’une belle-mère psychiatre. Autant dire qu’il lui a fallu beaucoup d’énergie pour échapper à son destin médical.

Darwin, enfant obéissant

Et justement, échapper au destin médical, c’est ce qu’a cherché à faire Charles Darwin tout au long de sa jeunesse. Ce ne fut pas chose aisée, car son géniteur, le Dr Robert Darwin, entendait que son fils suive les traces paternelles. Quoi de plus naturel pour ce médecin prospère, installé à la fin des années 1780 à Shrewsbury, bourgade située à près de 250 kilomètres au nord de Londres, que d’envoyer son fils étudier, comme il l’avait fait lui-même, à la prestigieuse université d’Édimbourg ? C’est donc en enfant obéissant que Charles Darwin entame à l’âge de 16 ans des études de médecine dans la capitale écossaise.

Le problème, c’est qu’entre la médecine et le futur naturaliste, les choses ne sont pas fluides, pour dire le moins. « Il trouvait la plupart des matières et des professeurs ennuyeux […] ou dégoûtants (tout particulièrement les dissections et la chirurgie) », écrivaient en 2010 AD Purushotham et R Sullivan dans une étude sur les rapports de Darwin et de la médecine publiée dans les Annals of Oncology. Au bout de deux ans, le père doit se rendre à l’évidence : son fils ne sera pas médecin. Se souvenant avoir été forcé par son propre père à entrer dans la carrière médicale, il accepte donc que Charles change de voie… pour des études de théologie ! Le jeune homme obtempère, mais s’adonne bien plus à l’étude de la nature, qui est sa véritable passion, qu’à celle des textes bibliques.

Tu n’embarqueras pas, mon fils

Car le pauvre Robert Darwin n’en avait pas terminé avec la volonté filiale de suivre sa propre voie : quelques années après avoir abandonné la médecine, son rejeton lui explique avoir l’opportunité d’embarquer sur un navire, le Beagle, en tant que naturaliste pour un voyage autour du monde. Une dernière fois, le père tente de s’opposer aux projets de son fils, lui envoyant une lettre (présentée dans cet article de 2015), listant les multiples raisons qu’il avait de ne pas accepter la proposition qui devait le rendre célèbre : risque pour sa réputation d’ecclésiastique, inconfort du voyage, nécessité de s’installer dans une profession stable…

À la fin de sa missive, le médecin, qui n’avait rien d’un mauvais bougre, laisse une porte entrouverte, comme le raconte l’historienne des sciences Barbara Constanza dans un article publié en 2004 dans Pour la Science. « Si tu trouves un homme de bon sens qui te conseille d’y aller, alors j’y consentirai. » Le jeune Charles court alors chez son oncle maternel, qu’il sait être très respecté de son père, et ils répondent ensemble point par point aux objections du praticien de Shrewsbury. De guerre lasse, ce dernier se rend à leurs arguments. Charles peut embarquer pour le voyage qui servira de base à son premier grand ouvrage, L’Origine des espèces.

À noter : Robert Darwin a probablement fait davantage avancer la science par cette capitulation que par ses travaux scientifiques, mais ceux-ci n’étaient pas inexistants. On lui doit notamment « les premières preuves expérimentales du fait que les yeux bougent, même quand on cherche à les garder fixes », comme le notait le professeur de psychologie expérimentale Martin Rolfs en 2009 dans la revue Vision Research. On ne peut pas dire que ce soit comparable à la théorie de l’évolution, mais ce n’est pas rien non plus !

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