« Cet oral m’a détruite. On peut vous interroger aussi bien sur les campings de luxe que sur les élevages de volailles », les étudiants de première année sont révoltés, mais la ministre ne lâche pas

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La réforme de la première année de médecine en place depuis 2020 inclus, maintenant, une épreuve orale de culture générale. Celle-ci devait soulager les étudiants mais elle se révèle être un massacre.

« Cet oral m’a détruite. On peut vous interroger aussi bien sur les campings de luxe que sur les élevages de volailles », les étudiants de première année sont révoltés, mais la ministre ne lâche pas

© IStock

Des dizaines de prétendants à une place en deuxième année ont vu leur note dégradée en raison d'un oral aux sujets bien éloignés de la médecine.

En effet, depuis la réforme des études de santé, les étudiants dont les notes ne permettent pas une admission directe, les "grands admis", doivent désormais en passer par un oral, dont la note équivaut à 70% de l'évaluation finale. Au programme, analyse de documents, exposé libre, analyse de situations éthiques sur des sujets éloignés de la médecine allant de la conquête spatiale à la méthanisation. Le candidat a 20 minutes pour convaincre le jury, composé de 12 personnes.

Alice, 19 ans, originaire de Lille, raconte au Parisien, après avoir brillé à l’écrit, « 19/20 en anatomie, 18/20 en embryologie », elle s’est retrouvée « à l’autre bout du classement », après un entretien de quelques minutes sur la… méthanisation. « J’ai très vite compris que j’étais à côté de la plaque. Cet oral m’a détruite. On peut vous interroger aussi bien sur les campings de luxe que sur les élevages de volailles ».

Cet échec ne signe pas seulement la fin d’un rêve mais une remise en question pour les étudiants qui était à deux doigt d’embrasser la carrière de médecin « difficile de rouvrir ses cahiers après un tel échec ».

L’an dernier, 43 étudiants avaient attaqué leur classement devant le Conseil d’État

Marie Campistron et Bérangère Lepetit relatent les mêmes sentiments « Même deux mois après les résultats, je ne m’en remets pas… ». Les témoignages sur Twitter sont tous du même type : Sacha relate qu’après avoir réussi « toutes » ses épreuves écrites et avalé « plus de 13 kg de cours », elle n’a finalement pas pu intégrer la deuxième année de médecine à la rentrée, comme elle l’espérait.

Cette nouvelle épreuve, était censée diversifier les profils des élèves et évaluer leurs aptitudes humaines autant qu’universitaires. Pourtant le résultat est tout autre. Certains candidats ont même saisi la justice. L’an dernier, 43 étudiants avaient attaqué leur classement devant le Conseil d’État, après avoir perdu des centaines de places durant cet oral.

Didier Samuel, président de la Conférence des doyens de médecine, reconnaît qu’il y a eu « quelques cas extrêmes » mais juge que cette troisième rentrée s’est déroulée « dans un schéma globalement plus apaisé, mieux compris par les étudiants ». Il suggère néanmoins « aux facultés que l’épreuve ne dépasse pas 30 % de la note finale par rapport à l’écrit. »

Le ministère de l’Enseignement supérieur va devoir prendre position sur cette réforme qui, deux ans après sa mise en œuvre ne fait pas consensus. Interrogée hier lors de sa première conférence de presse de rentrée, Sylvie Retailleau, nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, a promis, sans donner de date, un bilan de la réforme. Mais de là à l’abroger, comme l’ont réclamé des parents d’élèves le mois dernier à la Première ministre, elle est catégorique : « On ne reviendra pas dessus. »

 

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