C’est la crise chez Jeunes Médecins : bras de fer entre le national et l’Ile-de-France sur la gouvernance

Article Article

Le syndicat Jeunes Médecins fait face à des tensions internes alors que la structure francilienne reproche à la direction nationale de ne pas respecter les règles de gouvernance et de vouloir, à terme, centraliser le pouvoir en supprimant les structures régionales. 

 

C’est la crise chez Jeunes Médecins : bras de fer entre le national et l’Ile-de-France sur la gouvernance

Dr Anna Boctor, présidente du syndicat Jeunes Médecins et Dr Alexis Bourla, président de la structure Ile-de-France © DR

Le syndicat qui représente plus de 6 000 médecins, traverse une crise interne qui éclate au grand jour. Jeunes Médecins Ile-de-France vient en effet de saisir la justice afin de contester des décisions nationales qu’elle juge contraires aux statuts.

Et, dans un communiqué paru le 19 février, la structure francilienne se félicite d’« une première victoire pour le respect des statuts et du fonctionnement démocratique du syndicat national ». Elle dit avoir obtenu la convocation d’une assemblée générale (AG), « après plusieurs mois de blocage institutionnel » de la part de la direction nationale du syndicat, présidée par la pédiatre Anna Boctor

Au cœur de cette polémique réside l’absence de tenue d’AG dans un contexte de vacance du poste de trésorier, assuré par intérim depuis la démission de la trésorière en octobre 2025. 

« Cela fait plusieurs mois que la direction nationale est dans l’illégalité », accuse Alexis Bourla, président de Jeunes Médecins IdF, justifiant l’assignation en justice. « Les statuts imposent qu’en cas de démission d’un membre du bureau, une AG doit se tenir dans le mois pour élire son remplaçant », ce qui n'a été fait, selon lui, qu'une fois la menace d'assignation brandie.

Centraliser le pouvoir ?

Mais le conflit ne s’arrête pas là. Il porte plus profondément sur le projet de reconfiguration structurelle du syndicat. Car selon Alexis Bourla, « il a été décidé que certaines régions avaient le droit d’absorber les adhérents d’autres régions dans lesquelles il n’y avait pas encore de structure »

L’Occitanie et la Corse, dépourvues de branche distincte, ont ainsi intégré la région PACA - par ailleurs aussi présidée par Anna Boctor - pour créer une section générale « Jeunes Médecins Sud ». Et ce, sans que les adhérents locaux n’aient « été sollicités », pointe Alexis Bourla. 

Il s’agit là, pour le psychiatre, d’une manœuvre politique visant à renverser mécaniquement les rapports de force ; le poids des structures générales dépendant de leur nombre d’adhérents. Or les sections Jeunes Médecins d’Ile-de-France et d’Auvergne Rhône-Alpes – « opposés au national », représentent « presque la moitié des adhérents », rappelle-t-il.  

Pour lui, la direction nationale « souhaite, à terme, dissoudre les régions et faire remonter tout le pouvoir au niveau national, en nommant des référents régionaux ». Ces dernières jouent pourtant un rôle de « contre-pouvoir » et servent à « conserver une autonomie et de la démocratie interne », insiste Alexis Bourla.

« On n’a pas envie que quelqu’un qui est complètement déconnecté des problématiques d’Ile-de-France puisse nous imposer sa vision des choses », dénonce-t-il. 

Interprétation statutaire différente chez le national

Contactée pour y voir plus clair, Anna Boctor assume l’ambition : « Nous menons un projet commun depuis le début : celui de réformer la gouvernance du syndicat qui est défaillante », explique-t-elle. « Cela faisait partie de mon programme et a été accepté à l’unanimité »

Telle quelle, l’assemblée générale « ne représente pas tous les adhérents », c’est-à-dire ceux qui ne sont pas affiliés à une structure régionale. Intégrer ces derniers à des structures existantes voisines leur permettrait ainsi de « faire valoir leur voix en AG », explique-t-elle.

Ce projet, qui vise à rompre avec le modèle hérité du précédent bureau - dont elle était par ailleurs membre - ne vise pas à « dissoudre les régions », mais à « réformer la gouvernance » en créant un conseil d’administration, assure-t-elle. 

Anna Boctor dit ainsi avoir convoqué plusieurs AG : l’une le 7 mars prochain, pour expliquer « les faits et rien que les faits », une autre pour élire le nouveau trésorier, et une troisième pour « avancer sur les nouveaux statuts ».

Questionnée sur la raison pour laquelle elle n’a convoqué une assemblée qu’après avoir été notifiée d’une assignation en justice, comme pointé par l’Ile-de-France, la pédiatre est formelle : « Une AG ne peut pas être convoquée si les bureaux territoriaux ne sont pas conformes, or aucun ne l’étaient » au moment de la démission de la trésorière. 

L’argent au milieu ?

Avec la décision récente du syndicat de s’ouvrir aux médecins ayant obtenu leur diplôme d’études spécialisées (DES) il y a plus de 10 ans, « beaucoup de bureaux n’ont pas mis à jour leur statuts », reconnaît Alexis BourlaPourtant, selon lui, rien n’impose la mise en conformité des structures avant de convoquer une AG. 

Et de toutes manières, modifier, après demande de convocation, le périmètre de certaines régions « crée un avantage structurel pour la majorité en place », note la structure francilienne dans son communiqué. En conséquence, l’Assemblée du 7 mars prochain « ne peut être considérée comme sincère »

Pour le président d’Ile-de-France, la « vraie raison » du projet de restructuration réside dans les « problématiques de trésorerie », que le national « voudrait récupérer » en réformant la gouvernance.

Anna Boctor regrette, elle, que « l'ensemble des élus ne mettent pas leur énergie ailleurs », comme par exemple « la défense de la profession » ou « l'hostilité externe » dont le syndicat fait l'objet. 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/quest-ce-que-le-syndicat-de-la-medecine-generale-smg-la-voix-dissidente-de-la-profession

Au-delà du débat sur les interprétations statutaires, nul doute que les tensions actuelles pèsent sur les adhérents. Plusieurs d’entre eux auraient d’ores et déjà commencé à quitter les boucles Whatsapp, agacés par la place occupée par les rivalités internes au détriment des combats syndicaux. 

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers