Apprentissage des touchers pelviens: jamais sans mon mannequin

Le point de vue du Pr Antoine Tesnière

La conférence des doyens a rendu un rapport à la ministre de la santé sur la formation des étudiants en médecine dans le cadre de la polémique sur les touchers pelviens. Il y est entre autres recommandé de développer l'utilisation de la simulation. WUD interroge Antoine Tesnière, directeur du centre de simulation de l'Université Paris Sorbonne-Cité à ce sujet.

What’s Up Doc : Que pensez-vous du rapport du Collège des doyens à propos de l’utilisation de la simulation pour répondre à la problématique de la formation des étudiants en médecine ?

Pr Antoine Tesniere : La question de la simulation dans les touchers pelviens aborde des notions transversales. Un mannequin de tâche ne reproduira jamais exactement ce qui se passe avec les patients, même s'il s’en approche pas mal. Cependant, les gens qui reprochent ce manque de réalisme des simulateurs pelviens ont une vision d’expert dans le domaine gynécologique, urologique ou proctologique. Alors que ces simulateurs s’adressent à des gens en apprentissage qui, à leur niveau, n’ont pas besoin d’avoir un toucher hyper-réaliste, mais une sensation basique. Par ailleurs, il est fondamental de répéter de nombreuses fois le geste pour acquérir une expérience tactile, ce qui est bien sûr impossible avec les patients.

WUD : Quelle est la place de la simulation sur mannequins de tâches dans la formation des étudiants en médecine de Paris-Descartes actuellement ?

AT : Depuis 2-3 ans  les étudiants passent à partir de la P2 dans le centre de simulation, puis ils reviennent au moins une fois par an selon les modules enseignés. Ces programmes étaient  des pilotes, et ils ont été testés au départ sur une petite partie de la promo. Puis ils ont été mis en place en D4, et progressivement étendus aux années antérieures.

WUD : Les simulateurs entraînent à la technique des touchers pelviens, mais comment préparer un étudiant à tout ce qui entoure au plan humain ce genre de geste ?

AT : Il y a des programmes de formation avec des patients standardisés, pour adresser l’ensemble des problématiques techniques et comportementales. Certains sont ciblés sur la relation médecin-patient globale, d’autres sont plus spécifiques et traitent de situations difficiles et de patients particuliers. Il y a d’ailleurs un programme-test dans notre laboratoire de recherche pédagogique, où nous développons une formation en rapport avec l’inter-culturalité.

WUD : Quelle est la place des patients dans les formations dites sur “patients standardisés” ?

AT : Actuellement ce sont principalement des acteurs qui jouent le rôle de patients auprès des étudiants dans ces formations, mais nous essayons d’inclure des vrais patients ou des patients-experts pour ajouter du réalisme à ces jeux de rôles. Nous travaillons avec des associations de patients dans ce sens.

WUD : Quelle est l’accès à la simulation dans les différentes facs ?

AT : C’est très variable selon les facs. Certaines sont déjà adossées à un centre de simu comme Nice, Brest ou Angers, d’autres n’en sont qu’au début de la mise en place de plate-formes de simulation. D’où l’intérêt de développer des partenariats entre facs, pour mutualiser les équipements et les moyens humains.

Source: 

Sarah Balfagon

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