Anesthésie : la guerre des infirmiers aura-t-elle lieu ?

Grèves à l’appui, les infirmiers anesthésistes demandent une mise à jour de leur statut. En cause : l’émergence des infirmiers en pratique avancée, qui bouscule les équilibres de la profession. Un mouvement qui concerne aussi les médecins.

 

Voilà des mois que les Infirmiers anesthésistes diplômés d’État (Iade) protestent. En novembre, ils ont même mené une opération « bloc mort », qui a perturbé certaines salles d’opération, culminant la journée du 25 par une mobilisation nationale. On a alors vu la profession battre le pavé à Paris, mais aussi à Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse ou encore Arras. La raison de la colère ? Le manque de reconnaissance dont les Iade estiment souffrir depuis toujours, sentiment qui a été exacerbé par l’émergence d’un nouveau venu dans la profession infirmière : les Infirmiers en pratique avancée (IPA).

« Nous avons une activité qui consiste à suivre une stratégie définie par l’anesthésiste, mais sans prescription ou protocole, de façon autonome, explique Christophe Paysant, président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia). Jusqu’en 2016, il n’y avait pas d’espace statutaire pour nous. Et puis sont arrivés les IPA. » Également accessible au bout de deux ans d’études supplémentaires effectués après les trois années d’études d’infirmières, le métier d’IPA offre en effet certaines similitudes avec celui d’Iade. Mais il existe aussi des différences. « Notre formation est hospitalo-universitaire, alors que celle des IPA est universitaire, et nous ne demandons pas le statut d’IPA, précise Christophe Paysant. Ce que nous demandons, c’est le statut d’Ampa [Auxiliaire médical en pratique avancé, ndlr]. » Coquille générique créée par le législateur, le statut d’Ampa est en effet celui qui devrait un jour accueillir, en plus des IPA, d’autres professions en pratique avancée (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, etc.).

Le syndicaliste se défend d’agir pour des raisons financières : il est le premier à souligner que la profession infirmière dans son ensemble a besoin d’une revalorisation salariale allant bien au-delà de ce qui a été octroyé par le Ségur de la santé. « Les IPA et les Iade ont les mêmes grilles, et avec les gardes et astreintes, un Iade gagne nécessairement davantage, insiste-t-il. Ce qui est important, c’est le statut, et l’attractivité du métier : quand des infirmiers auront l’envie d’évoluer, ils risquent de se rendre compte que le métier d’Iade est plus difficile à atteindre que celui d’IPA, et il nous faut donc un statut à part. »

Risques de division

Voilà qui a de quoi faire bondir Julie Devictor, présidente du Conseil national professionnel (CNP) des IPA. « J’ai beaucoup de mal à comprendre ce mouvement, avoue-t-elle. Les Iade sont déjà mieux payés que les IPA, et ils ont déjà un statut d’infirmier spécialisé, qui est un statut à part. » Loin de contester aux Iade leur très haute compétence, elle regrette que leur mouvement soit en train de semer la discorde au sein de la profession infirmière. « Nous avons déjà beaucoup de difficultés à nous implanter sur le territoire, nous sommes en train de construire la profession, et nous voyons que les Iade veulent se voir reconnus en pratique avancée du jour au lendemain », s’indigne-t-elle, soulignant que la pratique avancée infirmière suppose, notamment, de mener des consultations, ce qui n’est pas le cas des Iade.

Côté médecin, on exprime également certaines inquiétudes face aux revendications des Iade, même si celles-ci sont d’une toute autre nature. « Nous travaillons avec les Iade tous les jours, et nous nous entendons extrêmement bien, explique le Dr Anne Wernet, présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (Snphare). Le souci, c’est que le législateur risque un jour de considérer qu’avoir des infirmiers anesthésistes en pratique avancée peut lui permettre, en situation de pénurie médicale, de les faire travailler sans médecin, ce qui serait très dangereux. » Une éventualité que Julie Devictor rejette avec force. « Nous n’avons jamais demandé cela, souligne-t-elle. Nous voulons des mentions [équivalent des spécialités pour les IPA, ndlr] plus larges, de nature populationnelle, et non la multiplication de mentions spécialisées. »

Reste à savoir, dans ce qui apparaît comme un risque de division majeure au sein de la profession infirmière, qui jouera le rôle de juge de paix. « Cela fait des mois que le ministre nous dit qu’il attend les conclusions d’un rapport de l’Igas [Inspection générale des affaires sociales, ndlr] sur la pratique avancée pour trancher », soupire Christophe Paysant. Où l’on reconnaît la bonne vieille technique administrative qui, face à un problème épineux, consiste à créer une commission ou commander un rapport.

Portrait de Adrien Renaud

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