Ambroise, Hématologue, Hôpital Necker

WUD Quel est ton premier souvenir d’interne ?

Mon 1er semestre de pneumo à Paris !

On m’a donné le bip de garde, et on m’a dit « tu es le seul pneumologue de tout l’hôpital »… Déroutant ! Le 1er mois fut très dur, j’ai dû appeler mon chef très souvent…

Début chaotique, pour le moins !

 

WUD Qu’est-ce que tu as préféré pendant ton internat ?

J’ai choisi une spécialité où le contact avec des patients en fin de vie est omniprésent. De fait, ça m’a rapidement mis face à la vie et à la mort. C’est étrange mais c’est une dimension qui m’a réellement séduit. Une particularité de notre métier qui nousexpose très tôt à des questions cruciales,accélérant inévitablement un processus dematurité qui impacte directement ma proprevie et mon rapport aux autres.

 

WUD Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

La sensation d’abandon du 1er semestre. J’ai eu le sentiment d’être vraiment tout seul !

Ça m’a heurté parce que je ne m’attendais pas à cet isolement, psychologiquement éreintant. Pour un travail si humain, cette formation est profondément inhumaine.

Quand on te dit que tu n’as toujours pas annoncé le diagnostic de cancer au patient et que tu comprends que tu devras le faire solo sans suivre de modèle… tu te demandes de quelle formation on parle ! C’est déroutant.

 

WUD Quels ont été tes pires horaires de travail ?

Finir à 20 h, 21 h, c’était assez fréquent. Mais le pire, c’était 8 h 30 – 22 h, en hématologie !

Un marathon… épuisant ! Surtout, que, comme nous étions peu d’internes, obtenir des congés était une lutte ! Le point positiftout de même : c’est que, ce service nepouvant compter sur suffisamment d’internesen hémato, nous étions nombreux de spésdifférentes. Un vrai bouillon de culturemédical, très enrichissant !

 

WUD Quels sont tes moyens de détente ?

Je suis un peu mélomane à mes heures perdues, je faisais du piano mais j'ai arrêté depuis deux ans. Pourtant, je participais même à un petit groupe de jazz, c’était sympa ! Sinon, je suis plutôt festif, quoique hématologue, et j’ai même participé à l’Hippocup ! Comme quoi, il y a au moins un hématologue qui l’aura faite !

 

WUD Une anecdote marquante ?

C’était en Alsace, une patiente qu’on devait transfuser. Elle a dit : « Je veux bien que vous me transfusiez, mais pas du sang de noir ».

Qu’est-ce que vous répondriez à ça ?

Je suis resté sans voix.

 

WUD Qu’est-ce que tu as fait finalement ?

On l’a traitée évidemment sans prêter gare à de tels propos…

 

WUD As-tu un message pour les jeunes internes ?

C’est un boulot extraordinaire, parce qu’extrêmement varié ! Quelle que soit la spécialité ou la façon de travailler on trouve une forme d’épanouissement rare et enrichissante. C’est vrai que j’ai hésité pendant six mois entre deux spécialités, et que ça m’a même « pourri la vie ».

Mais au final, dans l’une ou l’autre, j’aurais certainement été tout aussi heureux.

À partir du moment où tu commences à te passionner pour une spé, pour peu que tu sois suffisamment motivé, tu trouves toujours un réel plaisir à l’exercer. Mais il faut se donner les moyens et ne pas s’arrêter aux difficultés du début.

 

Portrait de La rédaction
article du WUD 13

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