Vaccination en officine : tout va trop vite pour les médecins

Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF

Un décret autorise désormais à titre expérimental les pharmaciens à faire des vaccinations contre la grippe. Cela dans le but d’améliorer la couverture vaccinale du pays. Les médecins dénoncent une ouverture trop précipitée.

C’est une victoire pour la profession de pharmacien. Un décret publié au Journal Officiel il y a quelques jours permettra à certains de ces professionnels de vacciner la population française. L’expérimentation va même démarrer dès l’automne 2017 pour la campagne saisonnière contre l’épidémie de grippe.

Ainsi, plus de 4 000 pharmaciens dans deux régions (Auvergne-Rhône Alpes et Nouvelle Aquitaine) seront rémunérés pour cette tâche dans l’objectif d’améliorer la couverture vaccinale. Interrogé sur la question, le Dr Jean Paul Ortiz, président de la CSMF, ne croit pas en cette promesse.

What's up Doc. Cette mesure sera-t-elle efficace ?

Jean-Paul Ortiz. On a déjà d’autres professionnels de santé qui vaccinent, les infirmières par exemple. Et ça n’a pas fait augmenter le pourcentage des vaccinés. En fait, peu importe de savoir qui fait la vaccination. Il faut d’une part sensibiliser les Français sur l’importance des campagnes. D’autre part, c’est nécessaire de leur rappeler que c'est surtout auprès de leur médecin traitant qu’ils trouveront les réponses à leurs questions. Encore une fois, Marisol Touraine ne s’est pas inquiétée de savoir quel impact cela pouvait avoir sur les médecins et les autres soignants.

WUD. Est-ce que les pharmaciens sont prêts ?

J-P O. Ce n’est pas un problème de compétence, les pharmaciens l’ont pour vacciner ou ils peuvent l’acquérir très vite. Mais souvent, les officines ne sont pas organisées pour faire cela. Ces problèmes peuvent toutefois être réglés rapidement. Par contre, quid des autres problèmes majeurs : la transmission de la formation ou encore la responsabilité. Sur ce dernier point, je suis inquiet car les médecins seront déchargés étant donné qu'il n’y aura plus de prescription. En parallèle, les pharmaciens verront le prix de leur assurance responsabilité civile augmenter considérablement.

WUD. Vous êtes opposé à la délégation de tâches ?

J-P O. Non, c’est un dossier qu’il faut prendre à bras-le-corps. On ne pourra pas exercer la médecine de demain comme on l’exerce aujourd’hui. Mais la délégation de tâches on doit en discuter entre professionnels concernés. Et il faudra réfléchir aux contours de métiers entre nous. Nous ne voulons pas que cela se fasse sous la forme d’occasion comme ce fut le cas avec la vaccination des pharmaciens. Un grand débat national sur ce thème doit avoir lieu. Avec tous les professionnels de santé autour de la table, y compris les infirmières, etc.

(1) L’Ordre national des pharmaciens, la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine (USPO), l’Académie nationale de pharmacie, la Conférence des doyens des facultés de pharmacie et l’Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France (ANEPF)     

Source: 

Bruno Martrette-Gomez

Portrait de La rédaction

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