Urgences de Lariboisière : « Ça va nous donner des arguments »

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Après le décès d’une femme aux urgences de Larib’, l’AP-HP et l’ARS Île-de-France ont demandé une enquête. Face aux résultats plutôt accablants, il devient difficile de nier le manque de moyens.
 

Un gros service d’urgences, au milieu de la pagaille et face à un manque de personnel médical, une patiente passe au travers des mailles du filet, est « oubliée » et meurt sans avoir été prise en charge. « Ce matin, tout le monde était d’accord pour dire que ça peut arriver partout », confie Lucille*, médecin urgentiste dans un hôpital francilien, à What’s up Doc.
 
Le décès de cette femme de 55 ans aux urgences de l’hôpital Lariboisière (AP-HP) a donné lieu à une mission d’enquête. Sans rendre compte des causes du décès, le rapport rendu le 14 janvier s’attelle à repérer d’éventuels dysfonctionnements.
 
Protocole approximatif
 
La patiente est arrivée à 18h40, amenée par les pompiers, classée comme une priorité de niveau 3, et orientée vers le circuit court mais tout de même placée sur un brancard. Une infirmière la voit à 19 heures, puis à 21 heures. Vers minuit, une aide-soignante l’appelle à quatre reprises, jusqu’à l’extérieur du service, pour un examen avec un médecin. Sans réponse. À 1h18, elle est déclarée « en fugue ». Ce n’est qu’à 6 heures du matin qu’elle sera découverte sans vie, sur un brancard.
 
Plusieurs questions se posent alors : que faisait une patiente en circuit court sur un brancard ? Pourquoi n’a-t-elle pas répondu à l’appel de son nom ? Pourquoi personne n’a remarqué son décès avant 6 heures du matin ?
 
Jean-Michel à peu près
 
Des questions qui n’étonnent pas Lucille. « Les urgences parisiennes sont un bordel innommable, et les brancards sont un peu en libre-service, notamment avec l’accueil des SDF », explique-t-elle. Le nom noté n’était pas non plus le bon. Sur les erreurs dans le recueil des données administratives, rien d’étonnant non plus.
 
« Nous n’avons pas toujours de carte d’identité, alors on note ce que le pompier nous dit, qui n’est pas toujours très exact, surtout sur des noms compliqués », ajoute l’urgentiste. Peut-être l’appel de la patiente, sous un nom inexact, est ainsi passé inaperçu… Enfin, l’erreur finale : ne pas vérifier les identités de tous les patients en attente. Mais, en même temps, qui a le temps de faire tout, en respectant la procédure à la lettre ?
 
Place et effectifs
 
Le rapport pointe un problème de surface, un manque de boxes d’examen. Il pointe un manque d’effectifs aussi, sans grande surprise. La mission d’enquête recommande de passer à 28 équivalents temps plein (ETP), contre 23,5 actuellement. « Samu-Urgences de France recommande 1,6 patient par médecin sénior et par heure », rappelle Lucille. Que les urgentistes qui arrivent à atteindre ce chiffre se fassent connaître auprès de la rédaction de WUD ! Ça mérite un article.
 
Les rapporteurs recommandent également la mise en place d’un « véritable circuit ultra court avec du personnel médical adapté afin d’améliorer le flux de prise en charge des patients ». « Comme ça, ils nous formalisent la médicalisation de l’accueil aux urgences », traduit Lucille. « En revanche, il ne faut pas qu’ils enlèvent du personnel en circuit court ».
 
En tout cas, Larib recrute. Les missions d’intérim arrivent pour les urgences, sur le circuit court. « Globalement, nous sommes contents que l’ARS ait posé les choses dans le rapport », ajoute l’urgentiste. « Ça va nous donner des arguments pour aller voir le directeur ».
 
 
* Le prénom a été changé.

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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