Spé-CSMF : le Dr Patrick Gasser réélu

C’est reparti pour quatre ans

Rémunération au parcours, coordination généralistes-spécialistes, formation, délégation de tâches… Le programme sera chargé pour le Dr Gasser, à la tête de la branche spécialistes de la CSMF pour quatre années supplémentaires.

Le Dr Patrick Gasser, gastro à Nantes, est le nouveau président de l’Union nationale des médecins spécialistes confédérés (Umespe-CSMF). C’est aussi l’ancien. Il a été élu à sa propre succession, le dimanche 4 mars.
Pour What’s up Doc, il revient sur son mandat précédent, et livre les enjeux de celui qui le mobilisera (au moins) pour les quatre années à venir.

What’s up Doc. CSMF, Snof, FMF, et maintenant Umespe… Les présidents de syndicats médicaux semblent garder leurs postes, et ont peu de concurrence aux élections. Les syndicats, une mafia ?

Patrick Gasser. Nous ne sommes pas la génération mafia ! [rires]
Ma réélection est d’autant plus étonnante quand on voit ce qui a été écrit à mon sujet il y a quatre ans, avant ma première élection. À l’époque, personne n’aurait parié un kopeck sur moi !

WUD. Quel bilan tirez-vous de ce premier mandat ?

PG. Je suis arrivé en demandant trois choses. Plus de transversalité entre les différentes spécialités, une meilleure compréhension face à la diversité des professionnels, et un accent mis sur la proximité. La diversité est un problème compliqué. Il n’est pas évident de mettre d’accord un radiologue et un endocrino, qui ont des pratiques professionnelles très différentes. Mais je pense être parvenu à les faire se parler.
Nous avons également commencé à parler de la délégation de tâches, et de la remise en question de la rémunération à l’acte. Lorsque je suis arrivé, il y a quatre ans, c’était encore un sujet compliqué à aborder. Le quinquennat Hollande/Touraine a été difficile. Mais à travers l’outrance des propos, il y avait une réflexion sous-jacente à mener. Et la communauté médicale a évolué dans ces thématiques.

WUD. L’objectif pour les quatre ans à venir est de poursuivre ces réflexions ?

PG. Beaucoup de techniques peuvent être déléguées. Il faut les abandonner au profit de l’expertise du médecin. Nous devons nous y mettre. Ça fonctionne chez les ophtalmos, ou dans le cadre du Plan cancer : celui-ci prévoit une consultation d’annonce avec le médecin, puis avec une infirmière qui peut prolonger l’explication auprès du patient. Là, on est dans la qualité.
Mais il y a des conditions à respecter. Tout doit se faire sous le contrôle médical des spécialistes, et dans un protocole de soins. Les paramédicaux pourront peut-être prendre plus d’autonomie un jour, mais pour l’instant, c’est impossible.

Ce qui est primordial pour la prise en charge, c’est également la coordination généralistes-spécialistes. Les réformes se concentrent sur la coordination avec les pharmaciens, les infirmières et les autres professionnels de santé. Mais celle entre MG et spécialistes doit être la priorité.

WUD. Faut-il aussi revoir la manière dont les médecins sont rémunérés ?

PG. Nous travaillons sur la remise en question de la rémunération à l’acte. Je ne suis pas opposé à une réflexion sur le paiement à l’épisode et au parcours de soins. Il en va de la pertinence des soins. Mais on ne peut pas aller dans ce sens en diminuant les tarifs. Quand les revenus baissent, on va chercher le complément ailleurs…

WUD. Ces bouleversements de pratique vont-il modifier la manière dont les médecins vivent leur profession ?

PG. Avant, on s’installait, on travaillait 25 ans en cabinet et on partait à la retraite. Maintenant, les jeunes médecins (et ceux en exercice) ne souhaitent pas forcément travailler comme cela. Ils exercent ailleurs, comme experts, dans des entreprises… Il y a une vraie réflexion à avoir sur les carrières. C’est quoi le statut du médecin de demain ? Certainement pas celui du médecin d’il y a 50 ans. Dans ce sens, la charte de médecine libérale de 1927 est à revoir, tout comme l’ordonnance Debré pour l’hôpital, d’ailleurs.
Les libéraux doivent être davantage impliqués dans le travail sur la formation, parce que la réalité de la pratique, c’est le terrain : les spécialistes libéraux font 80 % de l’activité. J’ai été moi-même PH, et quand je suis sorti de l’hôpital, j’étais un peu seul, et perdu. Aujourd’hui, les stages en cabinet de spécialiste sont encore à la marge. On doit continuer à les développer, et nous avons maintenant l’expérience des généralistes.

WUD. Vous faites partie de ces médecins qui ont une autre activité. Pourquoi cette carrière syndicale ?

PG. Ça me passionne d’avoir une réflexion sur la profession. Quand on voit ce qui se fait sur le plan technique, la question du métier de demain se pose. Demain, c’est la machine et les ingénieurs qui vont tout prendre en charge. Si nous voulons que notre métier perdure, il faut accompagner cette mutation pour être une référence pour le patient. Cette partie humaine, la machine ne pourra pas la remplacer. Et on en revient à cette notion d’expertise du médecin.

WUD. Le syndicalisme, avantageux ou contraignant ?

PG. J’exerce à Nantes, et je suis à Paris du mardi soir au jeudi soir – plus quelques weekends – pour les activités syndicales. C’est une vie stressante, au cabinet par les responsabilités médicales, mais aussi au syndicat, où je dois prendre des décisions difficiles, qui ne plaisent pas à tout le monde. Je crois que peu de gens veulent donner du temps pour cela. Je gagne moins d’argent, aussi…

WUD. Vous pensez pouvoir coter cet entretien de 45 minutes ?

PG. Ah, tiens, pourquoi pas ? Comment peut-on faire, vous avez une idée ? [rires]

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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