Ségur : la Mutualité française plane pour la CSMF et le SML

La Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) a dévoilé le 16 juin dernier ses 24 propositions dans le cadre du Ségur de la santé. Des propositions surréalistes et déconnectées de la réalité pour le SML et la CSMF.

Dans le cadre du Ségur de la Santé, la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF« souhaiterait le retour vers un modèle dépassé où toute initiative individuelle serait proscrite et, ceux qui résisteraient le paieraient au prix fort puisque leurs rémunérations seraient baissées », dénonce dans un communiqué daté du 17 juin le SML (syndicat des médecins libéraux) qui s’oppose formellement à une baisse de rémunération et des obligations supplémentaires pour les médecins libéraux.

La Mutualité française a en effet a dévoilé le 16 juin dernier ses 24 propositions. Elle propose de notamment de « mettre fin à l’exercice isolé et de faire de l’exercice systématique des professionnels de santé en équipe et en réseau au sein d’Espaces de Santé Pluriprofessionnel (ESP) la règle à un horizon de 5 ans ». Pour y parvenir, plusieurs leviers sont proposés : la minoration sensible de la rémunération des professionnels du 1er recours intervenant en dehors d’un ESP, mais aussi la rémunération au forfait des soins faisant intervenir plusieurs professionnels.

Traduction du SML ? La Mutualité « prône la fin de la liberté d’exercice des médecins libéraux en rendant obligatoire l’exercice en mode kolkhoze et les rémunérations collectivistes qui s’y rattachent », ce qui, selon le syndicat, irait à l’encontre de la politique d’incitation poursuivie par le gouvernement.

Non à la rémunération au forfait

De son côté, la CSMF s’oppose aussi à la rémunération au forfait les équipes de professionnels, en arguant du fait que « le paiement à l’acte est le facteur de l’efficience, et qu’il faudrait simplement accompagner ce mode de rémunération d’une valorisation de la qualité et de la pertinence. »

Le SML rappelle également que les médecins libéraux travaillent de manière coordonnée de longue date dans le cadre d’équipes cliniques de proximité autour du patient, dont les premiers maillons sont les infirmiers libéraux et les pharmaciens.

La CSMF est également sur la même longueur d’ondes sur ce point. Selon le syndicat, « la Mutualité visiblement ne connaît pas la réalité que vivent les Français au quotidien : celles de médecins engagés professionnellement et travaillant quotidiennement avec des professionnels de santé libéraux autour de leur lieu d’exercice », qu’il s’agisse d’infirmiers, de pharmaciens, de kinésithérapeutes, de chirurgiens-dentistes, etc. »

Et de rappeler que la plupart médecins libéraux, sauf quand ils exercent « dans une île déserte », travaillent et prennent en charge les Français de façon coordonnée. Mais cette coordination pourrait être améliorée grâce aux outils numériques, concède la CSMF qui estime que la Mutualité française « ferait mieux de s’interroger sur le splendide échec extrêmement coûteux du DMP qui devait être la pierre angulaire de la coordination et qui malheureusement est perdu dans les limbes  ».

ARS, EHPAP...

Autres propositions de la Mutualité française : la priorisation du maintien à domicile et refondation du modèle des EHPAD, le transfert des compétences de la prévention aux régions ou le recentrage des missions des ARS autour de deux missions régaliennes : la sécurité sanitaire et la régulation de l’offre.

Cette dernière proposition, celle de faire des ARS les régulateurs de l’offre est déconnectée de la réalité pour la CSMF qui pose la question suivante : « Peut-être la Mutualité française souhaite-t-elle que les ARS, dont on a vu la faillite de la plupart d’entre-elles pendant cette crise de la Covid19, soient à la manœuvre pour réguler les médecins de ville et donc qu’elles mettent fin à la liberté d’installation ? » Et d’ajouter que tous les pays étrangers qui ont tenté cette expérience « ont montré combien ces dérives bureaucratiques et dignes des pays de l’Est se sont traduites par une aggravation des inégalités devant la maladie ».

Non au saccage de la profession

Enfin, le SML rappelle qu’il est pleinement favorable à la médicalisation des EHPAD. « En revanche, leurs équipes médicales n’ont pas vocation à capter la patientèle des médecins libéraux des territoires concernés. » Et de tacler la Mutualité qui « montre qu’elle ne poursuit pas d’autre objectif que de se tailler de nouvelles parts de marché dans les territoires à partir des établissements qu’elle possède »

 « Après 20 ans de plans d’économies successifs, avec un tarif de consultation de base à 25 €, les médecins libéraux ne méritent pas qu’on saccage leur profession », conclut le syndicat  qui attend du Ségur « des investissements destinés à revaloriser la profession et lui donner les moyens de se moderniser. »

Portrait de Julien Moschetti

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