Se préparer en cas d’attentat terroriste

« Les médecins ne sont pas désarmés »

La semaine dernière, l’Académie de médecine accueillait la Société française de médecine de catastrophe (SFMC). L’occasion de discuter du rôle des médecins en cas d’attaque terroriste, avec le Dr Henri Julien, anesth-réa et président de la SFMC, et le Pr Jean-Pierre Tourtier, médecin-chef des pompiers de Paris.

 

What’s up Doc. Les médecins ont-ils un rôle à jouer en cas d’attentat ?

Jean-Pierre Tourtier. Les médecins peuvent être des acteurs de la stabilité du système de santé face à des événements comme les attaques terroristes. Le 13 novembre, je me souviens d’avoir été aidé sur le terrain par des médecins qui passaient par là et se sentaient disponibles.

Henri Julien. Les jeunes médecins vont être confrontés à ce genre de situations. Lorsque j’étais généraliste, j’avais une hantise : devoir intervenir sur un problème comme un accident de la route ou autre. Il faut savoir que les médecins ne sont pas désarmés, que les techniques modernes leur permettent d’être efficaces.

WUD. Par exemple ?

HJ. On l’a un peu perdu de vue mais le contrôle de l’hémorragie est ce qu’il y a de plus important. Il y a des produits vraiment peu onéreux, et à disposition de tous les médecins, pour cela : garrots tourniquet, acide tranexamique, pansements hémostatiques…

WUD. Est-ce que tous les médecins vont devoir être formés à la médecine de catastrophe ?

HJ. Nous le souhaitons. Il y a clairement une appétence des médecins pour maîtriser ces situations d’exception, et l’université n’y répond pas bien. C’est à travers des formations parallèles, comme celles offertes par la SFMC, qu’ils améliorent à la fois leur comportement, leur adaptabilité aux nouveaux problèmes et leur technique.

WUD. On parle ici de DU/DIU ou de master. Existe-t-il une formation de base aux premiers secours pour les médecins ?

JPT. Chez les sapeurs-pompiers de Paris, nous avons développé une formation courte pour la population générale, à la suite du 13 novembre. L’idée est de former en deux heures aux actes réflexes qui sauvent : poser un garrot ou un pansement hémostatique de fortune, mettre dans la bonne position un traumatisé thoracique ou hémorragique. Des choses simples qui peuvent permettre de tenir jusqu’à l’arrivée des secours.

HJ. Il n’existe pas de formation courte pour les médecins. Les gestes ne sont pas très compliqués, pourtant. C’est un peu comme la défibrillation semi-automatique : on le fait la première fois et on réussit. Mais la diffusion de ces techniques est encore aujourd’hui trop limitée. Il y a effectivement un manque.

WUD. Et du côté des pouvoirs publics ?

HJ. Le ministère de la Santé, en accord avec l’Intérieur et la Défense, a décidé d’instaurer une formation aux techniques militaires pour les médecins et les chirurgiens professionnels de l’urgence. Je n’ai pas entendu dire que ça concernait les médecins généralistes. Or je suis persuadé qu’il faut qu’ils soient formés, car ce sont le plus souvent les premiers médecins sur les lieux.

WUD. Que conseilleriez-vous à un médecin qui souhaiterait se préparer à ce type de situations ?

HJ. Il faut se rapprocher du système institutionnel de secours. Il est ouvert : les sapeurs-pompiers ont des médecins volontaires, le Samu des médecins correspondants. Il ne faut pas rester tout seul. Je ne crois plus à l’exercice médical individuel, tout seul dans son coin, a fortiori en cas de catastrophe ou de fusillade multi-sites. Il faut qu’on apprenne à travailler en réseau.

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Propos recueillis par Yvan Pandelé

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