Pesticides et santé de la population : l’État en service minimum ?

Deux médecins de l’association Alerte des médecins sur les pesticides (AMLP) accusent les autorités françaises d’assurer le service minimum pour protéger les riverains et la population générale vis-à-vis des pesticides, dans une tribune publiée dans Libération.

« La protection des riverains et de la population générale vis-à-vis des pesticides relève en France du parcours du combattant, alors même que la toxicité des produits épandus est connue », observent deux médecins qui viennent de signer une tribune dans Libération. Respectivement président et membre du conseil d’administration de l’association Alerte des médecins sur les pesticides (AMLP), le Dr Pierre-Michel Périnaud et le Dr Jean-François Corty estiment en effet que « face à l’objectivation scientifique des méfaits de ces produits, les autorités assurent le service minimum ».

Pour les professionnels du monde agricole, les conséquences sanitaires d’une exposition aux pesticides sont de mieux en mieux connues (plus sujets à la maladie de Parkinson, plus de cancers de la prostate, de myélomes et de lymphomes malins non hodgkinien, leucémies, troubles cognitifs et de la fertilité …), rappellent les deux médecins.

Pas de données publiques de contamination

Or, côté riverains, « il n’existe pas de données publiques de contamination même si l’on sait depuis 2013 que plus de 90% des Français contiennent dans leurs urines des traces de pesticides, essentiellement en lien avec l’alimentation et les usages domestiques » (1), déplorent les signataires de la tribune, alors même que les signaux d’alerte épidémiologiques montrent la chose suivante :

« Les risques de développer un Parkinson et des méningiomes dépendent de la distance et de la taille des champs traités à proximité du lieu de vie, de surcroît près des vignobles (2). Chez l’enfant, habiter à moins de 1,5 km d’une zone d’épandage augmente le risque d’autisme de 60% (3). Leucémies, troubles du neuro-développement, malformations congénitales et autres tumeurs cérébrales font partie du lot des comorbidités à risque liées à une exposition de voisinage ou de simples usages familiaux (4). »

Modèle désuet pour évaluer l’exposition

Malgré ces dangers, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) s’appuie, pour évaluer l’exposition des riverains, sur un modèle « dont les données d’études fournies par les industriels datent des années 1980 ! », poursuivent les médecins qui ajoutent que ce modèle « appréhende les risques limités aux dix premiers mètres d’épandage et pour une durée d’exposition n’excédant pas deux heures, alors que des recherches récentes montrent que les produits persistent à des distances et des temps largement supérieurs (5). »

Enfin, le périmètre d’action de la loi Egalim (6), qui vient d’étendre aux habitations les mesures réservées jusqu’à présent aux écoles, crèches, jardins, et autres espaces publics ainsi qu’aux établissements de santé, est très, voire trop limité.

Pour limiter les risques, l’AMLP défend donc la mise en place de zones tampons sans traitement CMR (7), perturbateurs endocriniens (PE) et neurotoxiques, et l’arrêt de leur usage. Elle soutient également la centaine de maires ayant pris des arrêtés anti-pesticides, « considérant la mise en péril de la santé de leurs concitoyens comme une urgence sanitaire, et renvoyant ainsi l’État à ses responsabilités et ses insuffisances ».
 
Les deux médecins considèrent en effet que le fait de remettre en question les résultats de recherches scientifiques indépendantes et fiables est « une forme d’obscurantisme institutionnel » et relève « d’une irresponsabilité politique ».
 
1 : InVs
2 : Inserm, 2013. M.Yitshak Sade, 2015.
3 : Etude «Charge», 2014.
4 : Inserm 2013. VanMaele-Fabry, Gamet-Payrastre, Lison, Cancer Epidemiology, 2018.
5 : Etude «Propulpp», Wallonie, 2019.
6 : Loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable.
7 : Cancérigène, mutagène, reprotoxique.

Pour lire la tribune dans son intégralité, cliquez ici.
 

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