Médicaments : attention à distinguer le vrai du faux

L’avis d’un expert de la lutte contre le faux médicament

Les faux médicaments sont un véritable fléau dans les pays en développement. Mais qu’en est-il de la situation en France ? A-t-on de quoi s’inquiéter lorsque l’on envoie son patient à la pharmacie du coin ? Nous avons interrogé Wilfrid Rogé, directeur de la formation à l’Institut de Recherche Anti Contrefaçon de Médicaments (IRACM).

Au contraire des pays en développement, où trouver un médicament fiable peut devenir un véritable casse-tête, la France est plutôt protégée. Très peu de chances de retrouver des médicaments sous-dosés ou contrefaits chez le pharmacien du coin. « Il y a peu d’importateurs, et peu de fabricants. Les pharmaciens ont le monopole en France, et le fonctionnement de la chaîne de distribution protège, bien que ce ne soit pas imperméable à 100% », concède Wilfried Rogé, directeur de la formation à l’IRACM. « La France est touché par la contrefaçon essentiellement par internet », nous dit Wilfrid Rogé. C’est donc que les patients français ne sont pas complètement à l’abri, et pour ceux qui seraient tentés de commander des petites pilules bleues en super promo en ligne, des campagnes de sensibilisation sont régulièrement lancées. En juillet dernier par exemple, la Commission européenne s’est attachée à sensibiliser le public sur les médicaments falsifiés et sur une nouvelle règlementation obligeant les sites de vente en ligne de médicaments légaux à afficher un logo commun aux Etats membres.

L’IRACM est sur le devant de la scène dans ce combat contre les faux médicaments. Qu’en est-il alors du rôle du médecin ? « Nous nous appuyons beaucoup sur les professionnels de santé », affirme Wilfrid Rogé. En effet, « ce sont les premiers au courant d’un éventuel problème avec un médicament, lorsque des patients se présentent avec des effets indésirables ». Les médecins ont un important rôle d’intermédiaire du patient vers les autorités, mais aussi dans l’autre direction : « Dans le cadre de nos campagnes, nous distribuons des livrets à destination des salles d’attentes des médecins ».

Et plus généralement, les professionnels de santé sont là pour contrôler et identifier les produits. « Tout près de chez nous, en Angleterre, il y a eu des problèmes de marchés parallèles de faux médicaments. La France n’est donc pas entièrement protégée », ajoute le directeur de la formation.

A l’international

L’IRACM a aussi un rôle dans la lutte contre les faux médicaments à un niveau international, et ils collaborent notamment avec des agences de répression comme Interpol, pour intercepter les faux médicaments et lutter contre les trafics.

Ils organisent des campagnes de sensibilisation à niveau international, mais le problème est que les populations les plus exposées sont souvent les plus difficiles à toucher : « il faut que les gens aient accès aux messages », affirme Wilfrid Rogé. Par exemple, à propos de la campagne lancée par la fondation Chirac pour la sensibilisation de la population africaine, il nous dit : « Nous sommes très contents de ce qu’ils ont fait. Des spots vont être diffusés à la télévision notamment. Mais le problème est toujours le même : il faut que ces populations aient accès à la télé. Tout cela est compliqué, il faut penser à la durée de diffusion, à la cible. Ça coûte de l’argent, il faut trouver les financements ».

Stratégie de communication

L’IRACM a une stratégie particulière pour sensibiliser le public : « Lorsque l’on a des faits concrets, on s’appuie sur les médias pour en parler au grand public », nous dit le directeur de la formation. Des faits concrets ? « Lorsqu’il y a des grosses opérations de saisie par les douanes aux frontières, comme en 2013 et 2014 où l’on a saisi du soi-disant paracétamol en sachet dans lequel il n’y avait en réalité que du glucose. Il y en avait pour 1,2 million et pour 2 millions d’euros à chaque saisie respectivement », raconte Wilfrid Rogé. Cela permet de trouver un créneau dans les médias pour parler du problème et par la même occasion de faire passer le message : c’est possible chez nous aussi, restons vigilants.

Source: 

Cécile Lienhard

Portrait de La rédaction

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