Médecine thermale : « C'est une spécialité à part entière »

Les clichés ont la peau douce

What’s up Doc dévoile une série d’entretiens pour casser les nombreux clichés qui ternissent l’image de cet exercice. Le Dr Martine Fournier-Trémé a pris sa retraite en début d’année, après presque 40 d’expérience. Elle reste médecin conseil, afin d’accompagner les petits nouveaux qui se lancent.

Médecin thermal, c’est un peu à la cool, non ?

C’est plutôt le contraire. À Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales), c’est 11 mois de travail. Il y a une amplitude horaire très importante, du fait des soins aux thermes, plus les consultations. Il y a trois consultations obligatoires par cure, plus tout ce qui est administratif, donc il y a beaucoup de travail à faire en dehors du cabinet médical.

En quelques mots, c'est quoi être médecin thermal ?

Personnellement, je suis passionnée par le thermalisme, notamment parce que lorsque nous étions enfants, nous étions très malades, asthmatiques au dernier degré et que ce sont les cures thermales qui nous ont sauvés. Donc j’avais déjà un a priori positif pour les cures. Mais c’est une spécialité à part entière, cela ne s’invente pas. Il y a une importante législation thermale qu’il faut connaître.

La finesse des soins thermaux, de la prescription, ça s’apprend sur le tas bien sûr, mais le mieux c’est d’être formé soit par un médecin qui est déjà installé, soit en faisant un stage comme on faisait dans le temps. Moi j’en ai formé quelques-uns qui n’y connaissaient strictement rien, et qui apprennent.

En quoi la médecine thermale est bénéfique pour certaines pathologies ?

Il y a une place de la médecine thermale dans la thérapeutique générale. Bien sûr qu'un patient ne doit pas aller faire une cure dès qu'il a une rhinopharyngite. C’est plutôt pour les pathologies qui sont en train de devenir chroniques. Mais il ne faut pas non plus agir quand tout est foutu. Lorsqu'un malade a les muqueuses complètement bousillées, une dilatation des bronches extrêmes parce qu'il a fait trop de bronchites ou une coqueluche, on peut toujours faire quelque chose, même si le tempo n'est pas idéal. Le bon tempo, c’est ni trop tôt, ni trop tard : c’est-à-dire que la médecine thermale trouve sa place quand les pathologies commencent à devenir régulières, mais ne sont pas non plus à un stade trop avancé.

L'efficacité de la médecine thermale est prouvée ?

Il y a eu beaucoup d’études. Maintenant, ce n’est plus du tout comme quand je me suis installée il y a 38 ans où tout le monde rigolait quand on disait qu’on allait s’installer en médecine thermale, sous-entendu parce qu’on n’avait pas pu faire autre chose… Aujourd’hui c’est bien reconnu, sauf quelques médecins qui de temps en temps continuent de dire qu’ils sont contre, sans savoir l'expliquer d’ailleurs… Mais dans l’ensemble, les gens comprennent que c’est un apport. Je ne dis pas non plus que ça règle tout : je n’ai jamais dit à un patient d’arrêter son traitement. C’est complémentaire, et souvent ça permet d’alléger le traitement. Par exemple les gens ont moins recourt à la cortisone dans les pathologies respiratoires, moins recourt aux antibiotiques dans l’année qui suit. C’est aussi moins de kiné, moins d’arrêts de travail, moins d’absentéisme scolaire pour les enfants.

Combien est-ce qu’on gère de patients en médecine thermale ?

Je n’avais pas une très grosse patientèle parce que je faisais de la médecine générale à côté. Une patientèle d'un médecin thermal, c’est, en moyenne, entre 1 500 et 2 000 patients par an. Cela fait un gros chiffre, parce qu’on est de moins en moins nombreux. Moi je travaillais entre 15 et 18 heures par jour, tous les jours.

Quelle différence notez-vous par rapport à la médecine générale ?

La médecine générale, c’est usant nerveusement parce que vous avez la vie des gens entre vos mains : c’est vous qui décidez ce qui doit être fait. Quand vous décelez une maladie importante, vous avez cette responsabilité lourde à porter, vous y pensez jour et nuit. Et vous êtes tout seul, avec des spécialistes éventuellement. Tandis qu’en médecine thermale, on a trois semaines. Pendant ces trois semaines, si tout va bien, c’est le Pérou ! Vous n’avez pas « charge d’âme ». 

Est-ce que vous conseilleriez à un jeune médecin de ne faire que du thermal ?

Moi j’ai regretté d’avoir fait les deux, notamment sur le plan financier. Si j’avais commencé la médecine thermale dès le début, j’aurais eu une plus grosse patientèle parce que la nature ayant horreur du vide, si vous n’avez pas une consultation de médecine générale à 23 euros, vous en avez une thermale à 40. Mais sur le plan de l’intérêt, c’était pour moi un équilibre. Parce qu’en début de saison, quand je n’avais que de la médecine générale, j’avais moins de monde, puis la période des cures arrivait et ça montait.

La médecine thermale rime avec calme, non ?

Non ! A Amélie-les-Bains on a du lourd. On a des gros insuffisants respiratoires, des insuffisants cardiaques, on a des gens très malades, donc on ne peut pas se permettre d’aller à la plage… C’est du boulot. Même s’il est vrai qu’il n’y a pas la même responsabilité au long court. J’ai toujours travaillé de façon très consciencieuse, donc ça reste très fatiguant. Vous commencez à 6h30 aux thermes, vous rentrez à 22h00 et il reste l’administratif à gérer. Chacun ses galères.

Source: 

Thomas Moysan

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