Lutte contre le VIH : la PreP quitte l’hôpital

Pour permettre une meilleure diffusion, le ministère de la Santé va autoriser les “médecins de ville” à faire la première prescription pour la PreP. 

L’an prochain, la première prescription PreP pourra se faire en dehors de l’hôpital ! “Le décret paraîtra après son examen par le Conseil d’Etat, qui a été saisi”, souligne le ministère de la santé contacté par WUD. Il devrait concerner tous les “médecins de ville”, c’est-à-dire, l’ensemble des médecins libéraux, généralistes, gynécologues ou encore psychiatres, continue le ministère. 
Car à ce jour, seuls les services hospitaliers spécialisés dans la prise en charge du VIH ou les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) sont en capacité de faire la première prescription. “Chaque rendez-vous s’accompagne d’un bilan IST et tous les ans il est nécessaire de faire un check-up complet”, explique Stéphane Morel responsable de la recherche communautaire sur la PreP chez Aides. Tous les trois mois, l’ordonnance peut être renouvelée par le médecin généraliste ou à l'hôpital. 

32.000 personnes sous PreP en France

Ce décret permettra donc aux médecins libéraux d’initier ce traitement préventif contre le VIH, sans avoir à adresser les patients à l'hôpital. “Cette décision politique va nous faciliter la prise en charge et le suivi des patients, explique Jérémy Lourenco, généraliste et infectiologue à Paris. Aujourd’hui, si je reçois un patient à l'hôpital, je peux lui faire une première prescription PreP. Ce qui n’est pas le cas si cette même consultation se déroule dans mon cabinet.” 
La France a été le deuxième pays, après les Etats-Unis, à autoriser la mise sur le marché de la PreP, en 2017, après une année de tests. A Paris, entre 2017 et 2018 aucune nouvelle infection des personnes sous PreP n’a été enregistrée, selon l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) et l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Autre effet inattendu : la baisse du nombre d’IST. Jusqu’à moins 40 %, selon une étude allemande de 2018 et une projection réalisée en 2017 par le Centre de contrôle des maladies américain de 2017. Cette chute s’explique par le suivi médical régulier obligatoire qui permettrait de mieux détecter les porteurs d’IST et donc de les traiter avant qu’ils ne les transmettent à d’autres personnes. 

Ce traitement qui bloque l'installation du VIH dans l'organisme, est prescrit à 32.000 personnes en France, dont 25% de Parisiens. Pour l'instant, les personnes sous PreP ne sont bénéficiaires de la CMU-C que dans 7,2% des cas, selon les chiffres de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Et 97% des utilisateurs sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).
Ce décret devrait donc permettre une meilleure diffusion de la PreP. “On va donner la possibilité à tous les médecins libéraux de stopper la propagation du VIH, continue Stéphane Morel. Ce n’est pas rien !” Il insiste sur la nécessité de mettre en place une campagne d’information nationale tout en formant les professionnels de santé à la prévention et à la santé sexuelle. “Il est important que les questions de santé sexuelle deviennent un automatisme lors du premier rendez-vous, ajoute Pierre de Bremond d’Ars, généraliste à Malakoff (Haut-de-Seine). Cela permet de mettre en place un espace safe où le patient peut s’exprimer. Cela nous permet aussi de savoir si la PreP est utile pour lui ou non.” Alors, en attendant la campagne de prévention, une formation à destination des professionnels de santé a été actée et sera mise en ligne dès la parution du décret. On a hâte !

Portrait de Elodie HERVE

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