Lou y es-tu ?

Ciné week-end : Lou Andréas-Salomé, de C. Kablitz-Post (sortie le 31 mai 2017)

Une biographie de la muse de Nietzsche, Rilke et Freud qui a le mérite de lui réattribuer sa juste place, au premier plan de la vie littéraire et sociale de son époque, et avant-gardiste dans tout ce qu'elle entreprend autant que dans sa façon de vivre en tant que femme. Hélas, l'académisme de la réalisation et le caractère compassé de la direction d'acteurs sont à l'opposé de la modernité du personnage. Et ne nous épargnent pas un certain ennui...

Avouons-le tout net: Lou Andréas-Salomé est de ces films qu'il vaut mieux aller voir dans une salle climatisée, et à une heure autre que la période post-prandiale. Ces recommandations hygiéno-diététiques étant faites, attardons-nous sur le réel enjeu du film: la (re)découverte d'une grande figure de son temps et de l'histoire des idées. 

Quelle femme que cette philosophe, romancière, poétesse et psychanalyste ayant appréhendé avec une volonté inouïe d'indépendance les grands mouvements d'idées sur deux siècles ! Ce qui frappe, c'est que son désir d'indépendance n'est pas une volonté de s'affranchir de l'homme, mais plutôt un moyen de réaliser son accomplissement - d'abord intellectuel, puis physique, ce qui est un peu trop souligné dans le film. L'homme n'est pas un ennemi, mais un représentant d'un ordre social devenu obstacle à la possibilité de découvrir et de choisir. Elle reconnaît d'ailleurs volontiers son ambiguïté face à la figure masculine, et semblera la résoudre à la fin de sa vie comme s'applique à nous le montrer, au travers de sa relation avec son jeune secrétaire, la réalisatrice - autant éprise de Lou que lui, semble-t-il.

C'est peut-être cette admiration trop évidente pour une femme indéniablement complexe qui empêche le film de s'aventurer vers des terrains plus mouvants, des zones plus sombres de sa personnalité comme de sa vie. Deux exemples à cela: le côté extrêmement biographique et la théâtralisation dans le jeu des acteurs empêche d'appréhender émotionnellement la vérité des rapports entre ces personnages, se résumant souvent à des hystérisations non contextualisées et un peu lassantes (ah, la proposition de mariage doublée d'un chantage au suicide...) et, surtout, la façon dont est traité ce qui semble être un drame fondateur chez Lou.

Entre l'attouchement et la tentative de viol, cet événement, abordé en quelques secondes comme une tentative de drague un peu lourde et passé à la moulinette de la conception psychanalytique et machiste de Freud, devient une anecdote et un raccourci psychologisant. La réalisatrice inaugure pourtant le film avec ceci, pour ne plus rien en faire. Il y aurait pourtant probablement plus à dire sur cet homme abuseur de par sa position et son attitude et qui, paradoxalement, est à l'origine du surnom qui l'a faite passer à la postérité...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

Vous aimerez aussi

Ciné week-end: Still Alice, de W. Westmoreland & R. Glatzer (sortie le 18/03/2015)
Ciné week-end : Je vais mieux, de J.-P. Améris (sortie le 30 mai 2018)

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.