« Les prothèses de pouce sont moins connues, que les prothèses d’épaule ou de hanche, alors qu’elles concernent potentiellement 2 millions de patients »

Sur les 10 millions d’arthrosés, près de 2 millions sont concernés par l’arthrose du pouce. La prothèse du pouce, permet de soulager de manière efficace le patient, pourtant sa pose est encore très rare. Le Dr Thomas Apard, chirurgien ortho, nous explique pourquoi.

What’ up doc : Comment se fait-il que l’arthrose du pouce soit si peu soignée, et la pose de prothèse du pouce si rare ?

Thomas Apard : Historiquement on disait que l’arthrose du pouce était due à la vieillesse, et qu’on ne pouvait pas y faire grand-chose. On disait juste aux patients de supporter la douleur. Parallèlement à cela, il y a d’autres arthroses qui sont beaucoup plus rares mais beaucoup plus invalidantes comme l’arthrose de la hanche qui ne touche que 300 000 personnes mais dont on parle plus car elle touche la locomotion.

Comment se fait-il que peu de médecins connaissent la prothèse de pouce ?

T A : Dans les années 70, les premières prothèses de hanche ont tout de suite marché et étaient très efficaces, des résultats immédiats et fantastiques. Concernant l’arthrose du pouce c’est différent. Les prothèses de pouce ont 40 ans. Les premières n’ont pas donné de résultats satisfaisants. Ce n’est que depuis les années 2 000 qu’elles sont performantes.  

Quelles sont les causes de l’arthrose du pouce ?

T A : Il y a des causes traumatiques, malformatives, génétiques et hormonales.

Les causes traumatiques résultent d’une fracture ou de l’utilisation plus importante du pouce. Il peut y avoir des causes malformatives congénitales, la malformation entraîne une usure anormale de la main lors de son utilisation. Concernant les causes génétiques, il y a des familles qui ont de l’arthrose jeune.

Y a-t-il un profil type de patient ?

T A : En général une femme de 55 ans qui a très très mal à son pouce, qui a essayé tous les traitements qui existent : cataplasme d’argile, mésothérapie, acupuncture… Et qui malheureusement n’arrive plus à travailler à cause de cela.   

Comment la dépister ?

T A : Le dépistage de l’arthrose de pouce est très simple. Il suffit de faire une radio. Les radiologues la diagnostiquent de façon très précise. Mais on tombe dans une impasse thérapeutique car ils ne connaissent pas les opérations existantes. Ce qui fait défaut, c’est le lien entre le radiologue ou le rhumatologue et nous. Tous les chirurgiens orthopédistes connaissent cette prothèse en théorie, mais seulement 300 sur 3000 réalisent l’opération.

Et vous personnellement combien d’opérations du pouce réalisez-vous ?

T A : Je pratique 800 opérations par an, dont environ 80 du pouce.

Comment se passe l’opération ?

T A : Elle dure moins d’une heure sous anesthésie loco-régionale, régionale, ou plus rarement générale.

Quels sont les risques de l’opération ?

T A : C’est principalement le risque de la mauvaise tenue de la prothèse dans un os qui serait ostéoporotique. Il n’y a pas d’infection possible contrairement à celle de la hanche. Parfois il peut y avoir des douleurs : le syndrome régional douloureux complexe.

Que faut-il faire après l’opération ?

T A : Prendre des antidouleurs et suivre le protocole de réadaptation fonctionnelle. C’est-à-dire ne rien porter pendant environ un mois et demi. Il n’y a pas de kiné mais une réadaptation à faire seul. Une fois chez soi, deux gestes à faire : toucher la pulpe des autres doigts avec son pouce plusieurs fois ; coller les deux pouces l’un en face de l’autre et faire de même avec les autres doigts.

Faut-il la changer ?

T A : La prothèse est hyper fiable. Elle dure 20 ans sans soucis.

Quel est le coût ?

T A : C’est très difficile à définir car cela dépend des conditions du patient, mais cette opération est remboursée par la sécu et prise en charge par les complémentaires.

Dans quelques années, pensez-vous que cette opération sera plus répandue ?

T A : Si nous faisons une comparaison avec l’arthrose de l’épaule, l’arthrose du pouce est 4 fois plus fréquente et 4 fois moins opérée. Les chirurgiens sont en train de se former et nous continuons à évaluer les prothèses. Il va donc y avoir un rattrapage. Nous pouvons penser que dans 10 ans elle sera quatre fois plus courante.

Avez-vous prévu de sensibiliser d’avantage la communauté médicale ?

T A : Notre plan d’action est double : se former pour opérer au mieux et expliquer aux rhumatologues les avancées récentes. Nous publions dans les revues des rhumatologues et nous prenons la parole dans leur congrès.

 

Portrait de Albane Cousin

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