Les internes, ces grands immatures...

L'internat, ou l'école de l'immaturité. Cette semaine, la blogueuse du CHU nous raconte pourquoi les carabins restent accros aux soirées étudiantes et à l'humour pipi-caca. 

On entend toujours « c'est long les études de médecine ! » En fait, ce ne sont pas les seules études à être aussi longues. Il y a par exemple le doctorat, où l'on reprend également une carte d'étudiant pour quatre ans alors qu'on est déjà bac+5. LA vraie différence, c'est l'esprit étudiant qui reste beaucoup plus longtemps en médecine...

Alors que la plupart des étudiants se lassent des « soirées étudiantes » et autre « foyer anim'» au bout de deux ou trois ans, les étudiants en médecine ne lâchent rien. On les retrouve, six ou sept ans après leur inscription en première année, à vouloir tout recommencer comme si c'était hier. La rentrée de l'internat est l'occasion de faire une nouvelle « inté », comme après le concours de médecine.

On pourrait penser qu'ayant obtenu un vrai poste d'interne, avec un salaire et même des responsabilités, on passe à autre chose. Mais non. Rebelotte, on fait un week-end d'intégration dont un des projets affichés est de boire jusqu'à ne plus se souvenir de rien. Les vingt-cinquenaires sortent de l'amphi avec à la main leur affectation de l'ARS, passent devant les banques qui essayent de les acheter à coups de bonbons Haribo... et filent retrouver l'asso qui les attend avec des sacs pleins de cartouches de protoxyde d'azote.

Pascal* sort dépité de ses choix de stage. Son sac de « proto » à la main, il raconte : « j'étais mal classé, donc je devais regarder sans cesse les évaluations sur les stages qui restaient au fur et à mesure que les places partaient. À la fin j'ai du prendre un poste dans un service d'Urgences où il n'y a plus de médecins senior, que des intérimaires. On m'a prévenu que je n'aurai aucun encadrement ». Il a prévu de boire pour oublier.

Il a choisi la région car il y a une « bonne ambiance » à l'internat. Il y a les soirées à thème, les clubs... Et aussi quelqu'un qui passe faire le ménage ! Et puis entre internes on s'amuse. On dessine des penis sur les murs, on jette des bouts de pain...

Emmanuelle Godeau, dans L’« esprit de corps »: Sexe et mort dans la formation des internes en médecine évoque ces comportements régressifs.

"Au moment des repas, ce sont des comportements de jeunes pensionnaires turbulents que l'on observe. […] La « vie de pensionnaire » imposée par l'internat vient donc favoriser des conduites régressives."

Un peu immature ? En fait, il faut savoir que tout le monde les traite comme des enfants. La Faculté parle des internes « filles et garçons », les correspondances syndicales utilisent le tutoiement... Cette tradition entérine un statut d'éternel petit élève, qui maintient l'interne dans un rôle passif et soumis, sans qu'il en ait nécessairement conscience.

Voici un extrait du document de la DREES « Jeunes diplômés de médecine générale : devenir médecin... ou pas ? » (fév. 2011) :

"Lors de l’enquête au sein des Départements de médecine générale (DMG), les signes d’une assignation des internes à l’immaturité ne manquaient pas. [...]l’emploi du prénom et le tutoiement asymétriques, par exemple, choquaient rarement les intéressés à 27 ou 28 ans. [...]

Alors même qu’ils sont incontestablement en charge de vraies responsabilités dans les services hospitaliers, et rapidement aptes à exercer en autonomie en cabinet, les « juniors » sont dans le cadre des Départements objets de formation, de validation, de certification, de tutorat, soumis à un contrôle social plus ou moins bien accepté, et très peu envisagés en tant qu’adultes dotés de projets autonomes."

Alors les internes, faux étudiants, vrais adultes ? Mais à qui profite le crime ? Si les internes commençaient à revendiquer un peu plus leurs droits et leur autonomie, cela n'arrangerait peut-être pas tout le monde...

* prénom inventé.

Portrait de La blogueuse du CHU

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