Le film de l'année!

Mommy de Xavier Dolan (sortie DVD mars 2015)

Formidable cheminement que celui qui relie "J'ai tué ma mère", premier film autobiographique, narcissique et torturé, à "Mommy", chef-d'oeuvre solaire et quasi-inattendu, puisque sorti quelques mois seulement après le précédent film de Dolan (quelques semaines si l'on tient compte de sa présentation à Cannes).
Mais cheminement logique: après avoir prématurément épuisé sa veine autobiographique (jeune âge oblige), Dolan se risquait à une thématique plus universelle - la transsexualité - avec un résultat mitigé (intéressant mais trop ambitieux et distant, "Laurence Anyways" ne restera pas dans les mémoires); avec "Mommy", retour aux fondamentaux en trompe-l'oeil, le québecois réalise l'alchimie parfaite entre les deux tendances de son oeuvre, sous les auspices de Pasolini, Cassavetes et Almodovar, entre autres. C'est un pari plus que réussi, et l'uppercut émotionnel que procure le film ne s'estompe pas.
Tel une comète venant percuter des planètes au risque de les faire exploser, le jeune Steve, bloc d'émotions à la trajectoire éphémère diagnostiqué TDAH avec trouble des conduites, va marquer la vie de tous ceux qui l'ont croisé, spectateurs inclus: ses éducateurs, ses psys, sa voisine - Suzanne Clément, déjà bluffante dans "Laurence..." - et bien évidemment sa mommy, la borderline Diane. Pour endosser ce rôle-monstre, il fallait une actrice non seulement talentueuse - et Anne Dorval l'est! - mais aussi totalement en phase avec son réalisateur. Et la façon dont on ressent et reçoit cette harmonie débordante d'inventivité et d'énergie est fascinante.
Jamais la mort, omniprésente bien qu'au second plan - chaque personnage est en proie à son fantôme et à ses traumatismes -, ne vient entamer la pulsion de vie qui imprime chaque séquence du film. Bras d'honneur rageur à la fatalité - contre laquelle on ne peut lutter, éructe Céline Dion de façon prémonitoire dans l'un des plus beaux moments du film -, "Mommy" nous rappelle que l'optimisme se cultive d'abord dans le rapport au présent et que c'est à ce prix que la vie, seule maladie au pronostic infaillible, est "vivable".
Merci Xavier Dolan!
Et respect...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de La rédaction

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