Le 4 décembre, une mobilisation pour réanimer l’hôpital

Demain, samedi 4 décembre, citoyens et professionnels de l’hôpital sont appelés à se mobiliser pour l’hôpital. Entretien avec Sophie Crozier, PH au service d’urgences neuro-vasculaires de la Pitié-Salpêtrière et membre du collectif Inter Hôpitaux depuis 2019.

WUD : Pourquoi vous mobilisez-vous ?

Sophie Crozier : Toujours pour la même chose, malheureusement ! Cela fait 3 ans qu’on demande la même chose avec collectif Inter Urgences : des conditions de travail acceptables pour la qualité et la sécurité de soin. Il y a plus de 2 ans, on alertait car la situation se dégradait et là on arrive à une situation critique, avec un accès au soin difficile pour les malades, des fermetures de lits, ou de services d’urgences. C’est à pleurer. Tout le monde est épuisé, certains n’ont même plus la force de se mobiliser, on était déjà à bout avant le Covid. Il faut absolument sauver le socle de la République comme l’a appelé le Président.  On a eu un espoir, que la crise Covid allait faire prendre conscience à nos responsables politiques. Bien sûr, il ne faut pas nier les petites avancées avec le Ségur. C’est historique, certes, mais après plus de 10 ans d’économie, ça revient presque à une goutte dans un verre d’eau !

WUD : Quelle est la situation à l’hôpital ?

SC : Il y a beaucoup de départs. Cela touche tous les services. En urgences neuro-vasculaires, on reçoit des malades amenés par les pompiers et le Samu qu’on ne peut plus accueillir, ils tournent sur les brancards. Et on essuie un gros mépris face à nos alertes que l’on a adressé à Olivier Véran, à Jean Castex, Emmanuel Macron, Martin Hirsch, l’ARS IDF…. Personne n’a rien que répondu. Ce n’est pas qu’une question d’argent, c’est aussi une question de reconnaissance, à grande comme à petite échelle.

WUD : Qui est appelé à manifester ?

SC : Nous souhaitons mobiliser tous les soignants et personnels hospitaliers mais aussi tous les citoyens ! C’est une mobilisation pour le soin de demain.  

WUD : Quelles sont vos revendications ?

SC : L’accès aux soins pour toutes et tous dans de bonnes conditions pour les patients comme le personnel. Un personnel épuisé peut finir par être mal traitant. Les soins de qualité sont liés aux conditions de travail, plusieurs études le prouvent. L’urgence absolue, c’est d’avoir un nombre de personnel suffisant au lit des malades.

Pallier avec les intérimaires, ce n’est pas pareil, travailler en équipe est important pour des soins de qualité, on considère que le personnel est interchangeable, or ce n’est pas possible. Un personnel formé, c’est 30% de moins de morts et de handicap en neurologie. On est plus compétent quand on fait ce qu’on sait faire.

Il faut déjà garder ceux qui sont là et leur promettre d’améliorer les conditions de travail. 183 euros, ça ne paie même pas le pass navigo, il faut revaloriser, être dans la moyenne de l’OCDE. Le recrutement ne peut se faire que si on garantit aux gens de rester dans une même équipe, d’être en nombre suffisant et bien payé. Cela permettrait d’écoper un peu l’eau du bateau qui est en train de couler. Aujourd’hui on pressurise les équipes, on demande de faire toujours plus avec un peu moins. L’ambulatoire à tout-va, c’est un accès au soin de plus en plus difficile. On voit des patients atteints de cancer mourir sur un brancard aux urgences car il n’y a plus de lits d’hospitalisation, est-ce normal de ne pas accompagner les gens jusqu’au bout ? C’est un manque d’humanité.

WUD : Et après ?

SC : On entre dans la campagne présidentielle, on va s’impliquer, on essaie de rencontrer les candidats. On a travaillé avec nos 2 collectifs, on a monté une association, ‘Notre hop c’est vous’, on a demandé un référendum d’initiative partagée. On continuera jusqu’à l’épuisement, on est très nombreux, quand certains craquent, d’autres prennent le relai. On ne va pas lâcher. Il nous reste peut-être un espoir quand même, il faut mettre la santé au cœur des débats de la  présidentielle.  

WUD : Au regard de cette crise de l’hôpital, vous arrive-t-il de regretter votre choix de carrière ?

SC : Je ne regretterai jamais, si c’était à refaire, je le referai ! J’ai encore du plaisir, je ne fais pas mon métier pour une reconnaissance, ce qui me rend heureuse c’est d’être utile, c’est mes patients, mes équipes, il y a une solidarité incroyable à l’hôpital. Mes patients me donnent beaucoup, l’humain, c’est le cœur du métier. Je ferai tout ce que je peux pour continuer à être un médecin humain. On gagne en humilité face aux drames des gens, pour tout ça, ça vaut la peine. C’est pour ça qu’on reste et qu’on se bat.

Portrait de Constance Maria

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