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Maïlys Couteille, 25 ans, infirmière en néonatologie à l’hôpital Trousseau AP-HP, occupe depuis 2024 un deux-pièces de 50 m2, situé à cinq minutes à pied de son travail.
Le loyer de cet appartement d’une résidence moderne appartenant à la RATP : environ 700 euros par mois, charges comprises.
La jeune femme, qui effectue des vacations de 12 heures, était prioritaire au moment de sa demande de logement, car elle ne travaillait alors que de nuit.
Précédemment logée par l’AP-HP dans un studio du 10e arrondissement, elle ne pourrait pas payer le loyer d’un appartement équivalent dans le parc privé. Et avec ses horaires, difficile de vivre en banlieue chez sa mère ou son père, tous deux installés en banlieue assez lointaine.
« C’est vraiment hyper pratique d’être à côté » de Trousseau, reconnaît Maïlys Couteille, pour qui l’octroi de ce logement a été « un critère pour rester ».
11 000 logements dédiés
Dans le domaine de l'accès au logement des fonctionnaires, les Hôpitaux de Paris se montrent particulièrement actifs, dans l’espoir d’attirer de nouveaux soignants et de les retenir.
L’AP-HP, qui compte 38 hôpitaux en région parisienne, dispose de 11 000 logements pour ses agents, explique à l’AFP Cécile Gambier, directrice de l’immobilier et de l’investissement de l’institution.
L’AP-HP possède en propre un parc de 5 000 logements, les autres appartenant à des bailleurs sociaux avec qui elle a signé des partenariats.
Les hôpitaux parisiens ont été confrontés à des difficultés de recrutement, surtout après la pandémie de Covid. Ils ont perdu « 12 % d’infirmiers » en quatre ans, entre 2019 et 2023, ce qui a entraîné la fermeture de 18 % des lits, souligne Cécile Gambier.
Argument de recrutement
« Les tensions de recrutement concernent des personnels ayant des revenus trop faibles pour accéder au parc locatif privé et, parfois, trop importants pour accéder au logement social », expliquait dans un rapport de 2024 l'actuel ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, alors député Renaissance à l’origine de la proposition de loi examinée ce lundi au Sénat.
À l’AP-HP, infirmiers, sages-femmes ou techniciens de laboratoires notamment sont concernés. Pour freiner l’hémorragie, le premier CHU d’Europe a présenté en 2022 un plan dont le logement constitue un élément majeur.
« Au cours des trois dernières années, l’AP-HP est passée d’environ 600 attributions de logements par an à 1 200 », se félicite Cécile Gambier.
« C’est extrêmement intéressant pour les bailleurs institutionnels ou les foncières », explique-t-elle. L’AP-HP prend des baux de longue durée, pour un grand nombre de logements, et ils s’engagent en contrepartie à accepter des loyers réduits. « C’est donnant-donnant ».
Les baux des appartements ont des clauses liées à la fonction : « on lie le logement à un agent », précise-t-elle. C’est-à-dire que s’il quitte son emploi, il doit rendre les clés.
La même idée figure dans la proposition de loi adoptée en janvier à l'Assemblée nationale. Le texte vise à permettre à un employeur public d’insérer une clause dans un contrat afin de récupérer un logement social lorsqu’un agent public change d’emploi : l’employeur disposerait d’un an pour l’activer, et le délai pour quitter le logement serait de six mois minimum.
Après l’adoption d’un texte légèrement remanié au Sénat ce lundi, les parlementaires des deux chambres se réuniront prochainement en commission mixte paritaire pour s’accorder sur un texte commun.
David Amiel a aussi adressé une circulaire à l’ensemble des préfets le 18 février pour qu’ils contribuent à identifier les territoires où les tensions immobilières sont les plus fortes et à mettre en place des solutions locales pour améliorer l’accès au logement des agents publics. Ils devront lui faire un retour d’ici l’été, dans l’espoir qu’une « feuille de route nationale » soit mise en place.
Avec AFP