L'amour a les preuves - Critique de « Des preuves d’amour » d’Alice Douard

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Céline et Nadia vont avoir un enfant par PMA. Nous sommes en 2014, le mariage pour tous(tes !) vient d'être voté et ouvre à la possibilité d'adopter pour les couples homosexuels. C'est Nadia qui porte l'enfant, et Céline devra l'adopter pour pouvoir être sa mère aux yeux de la loi. Mais avant cela, le couple doit collecter des preuves. De quoi exacerber les propres doutes de Céline, fille négligée par sa mère durant son enfance, sur sa capacité et son envie de l'être.

L'amour a les preuves - Critique de « Des preuves d’amour » d’Alice Douard

Ella Rumpf et  Monia Chokri dans Des preuves d'amour d'Alice Douard. 

© Tandem Films

Un film porté par une pulsion de vie constante, qui donne à voir simplement, sans pathos et avec nuance, la double épreuve à laquelle sont confrontés les adoptants homosexuels.

Il faut remercier Alice Douard d'avoir réalisé, avec Des preuves d'amour, une oeuvre particulièrement équilibrée, retranscrivant si aisément la modernité d'une époque en mutation, entre visibilisation et acceptation des droits de la communauté homosexuelle, et persistance des différences, des difficultés voire des discriminations auxquelles elle est confrontée. Cet équilibre se traduit par la coexistence de trois films en un, pour ainsi dire, sans jamais que l'un nuise à l'autre.

Des preuves d'amour, un film au militantisme tranquille

Des preuves d'amour est avant tout un film au militantisme tranquille, qui préfère la description à l'argumentation. Cette revendication s'affirme dès le prologue, qui inscrit le récit dans les suites immédiates de l'adoption à l'Assemblée du mariage pour tous, et ne sera jamais surlignée. La volonté d'Alice Douard semble avant tout d'expliquer, simplement, les conséquences d'une démarche qui, du fait de sa complexité administrative, vient particulièrement réveiller un sentiment d'insécurité chez ces couples qui se sont déjà battus, souvent contre eux-mêmes, pour reconnaître et faire reconnaître leur légitimité. 
Par des scènes éclairantes, chez une avocate ou au cours d'une soirée entre amis qui dérape dans l'homophobie apparemment ordinaire, elle donne à voir, sans avoir besoin de les surligner, les micro-violences subies, celles qui abîment insidieusement et que les lois récentes n'ont pas réglées, s'inscrivant parfois même dans celles-ci. Personne n’a besoin d’exprimer ce qui est anormal voire révoltant : c’est en restant factuelle qu’Alice Douard montre que ça l’est. 

Un film très réussi sur le couple 

C'est aussi un film sur le couple, et c'est probablement cet aspect-ci qui est le plus réussi. Un couple porté par un élan vital constant, par la force d'un lien que rien ne vient jamais totalement ternir. Les scènes en ménage, plus que de ménage, sont des petits bijoux d'écriture et de jeu, et doivent beaucoup à l'abattage de Monia Chokri qui, dans le rôle de Nadia, véhicule une gaieté et une gourmandise contagieuses. Sa faconde s'équilibre parfaitement avec l'intériorité si expressive, probablement plus dure à interpréter, de Céline, mais qu'Ella Rumpf fait plus que retranscrire. Rarement avait-on vu couple si moderne, si incarné et si convaincant.

La dimension psychologique du film, qui passe beaucoup par la confrontation de Céline avec sa mère, pianiste apparemment fofolle mais un peu plus quand même, est peut-être la plus conventionnelle, s'inscrivant dans des archétypes qui pour le coup donnent un air de déjà-vu. Le fait que Noémie Lvovsky joue toujours un peu le même rôle y est pour beaucoup, mais elle le fait bien, voire permet au film, grâce à son monologue de fin exemplaire, de gagner une vraie dimension émouvante et de dépasser la simple superposition de scènes de collecte de preuves, matérielles ou psychologiques, à laquelle le film menaçait, dans la durée, de se réduire. 

PMA pour toutes : les demandes augmentent, le délai de prise en charge aussi

Au centre de ce triangle narratif se trouve bien évidemment le personnage de Céline, investi avec subtilité et tendresse par une réalisatrice qui semble avoir dépassé le cadre du simple alter ego et qui, de tous les plans, nous fait percevoir la solitude du "parent numéro deux", pour nous la rendre commune voire universelle. Sans doute la meilleure "preuve", en tout cas le meilleur moyen, de la déstigmatiser.

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