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Après une dispute sans importance, Antonio décide de se séparer de Marta. Trop de différences entre eux, trop d'efforts pour s'adapter. Alors qu'Antonio regrette de plus en plus sa décision, Marta suit une trajectoire radicalement opposée. Elle ne se réconcilie pas seulement avec sa vie : elle la découvre...
Quel beau film. Quelle force tranquille, toute au service de ce qu'éprouve son personnage principal, Isabel Coixet réussit-elle à insuffler et à imposer dans sa réalisation, à l'instar de cet élégant vol d'étourneaux qui inaugure et clôturera cette cérémonie des adieux embrassant pleinement sa dimension poétique voire lyrique, tout comme Soudain, film qui lui fait surprenamment écho, célébrait la puissance de la philosophie - et de la rencontre - sur une vie.
Si le film de Ryusuke Hamaguchi accompagnait lui aussi une femme à la redécouverte de sa vie, bien qu'à l'orée de sa mort, c'est par le truchement d'un coup de foudre amical que la traversée débute. Ici, c'est suite à une séparation, ainsi qu'à une reconfrontation violente avec son corps qui, après avoir longtemps été un outil qu'elle maîtrisait, semble être devenu un accessoire, voire un encombrant, que Marta se rapproche d'elle-même, de ses souffrances comme de ses désirs.
Trois bols pour trois adieux
À ces Trois adieux, nous préférons le titre original, certes plus terre-à-terre - la traduction littérale correspondrait à Trois bols - mais qui rend mieux compte de la dimension quotidienne, apparemment anodine, que Coixet prête à sa chronique. Ces trois bols offerts par la chaîne de supérettes dont Marta et Antonio étaient clients, objet commun éphémère et ultime de leur relation, trouveront une place particulière, tout comme chaque événement traversé, chaque rituel installé, chaque plaisir et désir découvert ou retrouvé, qui égrènent le film. Une place jamais anodine justement, voire parfois délicieusement absurde - l'on pense à ce portrait publicitaire de chanteur de K-pop que Marta récupère et qui devient instantanément son confident, support d'une amitié imaginaire.
« L'interprète porte tout, assume tout, croit en tout »
Tout cela pourrait paraître mièvre mais ne l'est jamais. Trois adieux est un film qui trouve constamment son ton, aidé en cela par deux renforts de poids. L'interprétation tout d'abord, d'une fraîcheur et d'une grâce bienfaisantes - coucou Galatea Bellugi - au premier plan de laquelle l'on retrouve Alba Rohrwacher, joyau sidérant dont la sensibilité et les frémissements sont le miroir de la force rentrée et par moments éruptive de Sandra Hüller, sa consœur, plus que concurrente, du firmament des actrices. L'interprète porte tout, assume tout, croit en tout, il faut la voir prononcer une élégie au piccione, il faut entendre la beauté frémissante qu’elle donne à ce mot, à ses mots. Elle est le sésame d'une Isabel Coixet en terre apparemment étrangère.
Rome à pleins poumons
Et c'est là qu'est ce deuxième renfort : la ville de Rome, territoire redécouvert, arpenté sans cesse, dont Coixet explore non pas le cœur mais le poumon - l'organe malade de Marta. Le Tibre qui se divise, à l’endroit et au moment précis où les amants se séparent réellement, prend la forme d’un arbre bronchique, celui d’une ville qui respire et qui devient l'oxygène moteur de la pulsion de vie que retrouve Marta. Le poids étouffant des souvenirs d'Antonio, également.
Jusqu'à son épilogue, le film comble et continue de surprendre. C'est peut-être ça, la force d'Isabel Coixet qui, sur une thématique qu'elle connaît et qui était présente dès son premier film, Ma vie sans moi, réussit à ne jamais se faire piéger par le classicisme mélo qui habite son œuvre. Une réalisatrice des rituels et des pas de côté.