La ministre de la santé condamne les touchers pelviens sur patients endormis

Un rapport lui a été remis par le doyen des doyens

Entre un tiers et un cinquième des étudiants réalisant un TR ou un TV sur des patients sous anesthésie générale, le font sans que ne soit demandé le consentement du malade au préalable. C’est le résultat du rapport remis cette semaine à Marisol Touraine par le Pr Jean-Pierre Vinel, qui relance la polémique de l’hiver dernier.

 

L’affaire avait commencé en février dernier, avec la parution d’un article dans Metronews dénonçant l’apprentissage, par les étudiants de la fac de médecine de Lyon-Sud, des touchers pelviens sur patients sous anesthésie générale, et ce sans que ne soit obtenu leur consentement préalable. La ministre de la santé avait alors commandé un rapport au Pr Jean-Pierre Vinel, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Sa mission, évaluer l’ampleur du phénomène.

Les résultats de son enquête, fondée sur les déclarations des doyens, ont été rendus publics. En cas de toucher rectal ou de toucher vaginal pratiqué par des étudiants sur des patients endormis, le consentement de ces derniers n’est recueilli que dans 67% des cas pour les étudiants du 1er cycle des études médicales, dans 80% pour les externes du 2ème et dans 75% des cas pour les internes. Ce qui laisse entre un tiers et un cinquième de TV ou TR pratiqués par des étudiants sans information préalable.

L’étude précise que « dans les quelques cas où ces méthodes sont appliquées, il s'agit toujours d'un étudiant seul. Ces examens ne sont pratiqués que lorsque l'intervention intéresse la région considérée : sein, appareil uro-génital ou rectum ».

Il ne s’agirait donc pas, d’après nos universitaires, d’utiliser le corps des patients endormis pour s’exercer à des gestes sans rapport avec leur prise en charge. Reste que, dans ce domaine, il y a encore du travail et des habitudes à changer, et ce d'autant plus que des témoignages ont fait état d’autres pratiques, avec par exemple des touchers pratiqués en groupe.

En tout état de cause, se faire soigner dans un hôpital universitaire ou auprès d’un maître de stage n’implique pas d’accepter tout examen ou geste des étudiants. Le consentement est indispensable, garant de la nouvelle relation médecin-patient qui s’est créée au fil du temps et continue d’évoluer.

A ce titre, exposer les pratiques de formation au grand public peut être constructif, si tant est que les faits ne soient pas caricaturés (bien que non-justifiables, ces gestes ne sont pas effectués par les médecins dans l’intention de nuire ou d’abuser des patients) et que, de son côté, la médecine soit capable de remettre en question ce qui doit l’être.

Côté pouvoir public, la réaction est tranchée. « L’Etat sera d’une extrême fermeté face à ces pratiques inacceptables, qui portent atteinte à l’intégrité du corps humain et aux droits fondamentaux des patients », affirme la ministre dans un communiqué. L’une des mesures que Marisol Touraine a décidé de prendre à la suite de ce rapport est d’ailleurs le lancement d’une mission confiée notamment à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), afin d’approfondir les résultats de l’enquête.

L’affaire aura donc des suites, et on n’a pas fini d’entendre parler des touchers pelviens. What’s Up Doc s’apprête d'ailleurs à ouvrir dans les prochains jours ses colonnes aux acteurs du dossier. Médecins, internes, enseignants, patients… La parole est à eux !

Source: 

Adrien Renaud et Alice Deschenau

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