La mère à voir

Ciné week-end: Mia Madre, de N. Moretti (sortie le 2 décembre 2015)

Il ne manquait plus que le dernier Nanni Moretti pour clore, en cette année 2015, la salve ininterrompue de films abordant la déchéance des pères (surtout des mères, en fait). Ce film étant également le plus attendu, on était d'autant plus impatient de savoir ce que ce brave Nanni allait pouvoir apporter de neuf à ce thème. Eh bien, très peu et énormément à la fois.

Avouons le d'emblée, nous ne nous joindrons pas au choeur de critiques chantant béatement et dithyrambiquement les louanges de ce Pape du cinéma. Nous avons trouvé ce film complexe, plus inégal que foisonnant, théorisant un peu trop sur ce qui est finalement le vrai sujet du film: un metteur en scène peut-il s'affranchir de son propre vécu quand il réalise ses films? Doit-il au contraire s'en servir? Et comment? De ce point de vue, nous n'avons pas été sensible aux scènes abordant le film que réalise Margherita, à l'autodérision dont est censé faire preuve cet inguérissable narcissique qu'est Nanni Moretti. Quand Margherita professe que l'on doit voir l'acteur jouer à côté du personnage, c'est exactement ce que l'on ressent à propos de Margherita Buy: à côté, mais surtout pas dedans. Décalée, dépassée. Idem, quand John Turturro - dont la valeur qu'il est censé ajouter au film nous a totalement échappé - hurle son désir de revenir à la réalité, on avait depuis longtemps compris le message....

Et pourtant, Mia Madre finira par emporter tout sur son passage, nos réticences comprises. Dès lors que le film s'ouvre un peu, respire, on comprend à quel point Mia Madre dépasse et sublime le thème de départ. Il ne s'agit plus d'évoquer la souffrance du cinéaste, mais de ressentir celle de toute personne accompagnant, impuissante et KO debout, le déclin d'un parent. Et tout ce qui nous gênait est miraculeusement relu à l'aune de cette nouvelle donnée: la tension, l'irritabilité presque angoissantes qui nous étraignaient pendant une longue première moitié, ne sont finalement et uniquement que celles que voulait nous transmettre Nanni, celles que nous partagions avec Margherita, avec lui. Et quand la mère se retire, quand enfin l'on aborde la vie de cette figure à la fois omniprésente et absente pendant tout le film, les dernières minutes touchent au sublime. Oubliés, les considérations et les artifices qu'on soupçonne d'avoir sciemment été disposés pour mieux nous saisir à la fin, lors d'un bouquet final et grâce à deux derniers plans dont on met quiconque au défi d'avoir trouvé plus bouleversant, plus pur, en termes d'ultimes paroles, d'ultimes regards. 

Sur un thème commun, et en n'y apportant volontairement rien de nouveau, Moretti insuffle à Mia Madre ce qui manquait indubitablement aux Souvenirs, Dernière Leçon et autres Floride: la vérité de l'émotion. Sa justesse plutôt. Elle n'a absolument rien de gratuit, car elle ne nous renvoie finalement qu'à nous-mêmes. Moretti nous parle d'humain à humain. Grâce lui en soit rendue.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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