Interview de l’urgentiste qui trouve ses patients casse-couilles (mais pas tant que ça)

Comment garder son sang-froid aux urgences ? En riant un bon coup !
Comment garder son sang-froid aux urgences ? En riant un bon coup !

Les patients sont-ils des casse-couilles ? C'est ce que semble penser le Dr Sonia Camay, ex-urgentiste, dans un récit paru en mars dernier, aux éditions de l'Opportun*. Toutefois, tempère le Dr Camay, s'ils sont casse-couilles, ils sont aussi attachants, et le métier d'urgentiste reste la plus belle spécialité au monde. 

What's up Doc. Dr Sonia Camay, c’est un pseudonyme ? 

Dr Sonia Camay. Oui tout à fait je l’utilise car en tant que médecin j’ai un devoir de réserve et je ne voulais pas que certains de mes patients se reconnaissent dans les récits que j’écris. 

 

WUD. Le titre est provocateur. Est-ce vous qui avez eu l’idée de ce titre ?

Dr S. C. Ce sont les besoins de la collection qui ont fait en sorte que j’ai dû adopter ce titre. J’ai toujours aimé écrire, j’ai participé à des concours d’écriture, mais apparemment je n’ai pas le talent qu’il faut pour devenir romancière. J’avais lu un texte sur les « parents casse-couilles », et j’avais contacté par mail le directeur de ces éditions, j’avais des histoires d’urgence à lui proposer. Malgré tout, je trouve que ce titre est accrocheur, et je ne trouve pas cela malveillant, ce n’est pas si péjoratif que cela. 

WUD. Ce titre a eu l’heur de déplaire. Comment avez-vous pris toutes ces critiques ? 

Dr S. C. Je les comprends. Je pense que ce sont surtout des jeunes médecins qui l’ont mal pris. Moi au tout début, quand j’étais dans mes premières années de pratique, j’aurais pu penser qu’il s’agissait là, en découvrant le titre de ce livre, d’un manque de respect. Après je considère que ce titre n’est vraiment pas malveillant. Quand on travaille aux urgences, nous savons que c’est pénible et qu’il y a quand même quelques casse-couilles (rires) !! Sans que ce soit méchant. Les urgentistes voient des centaines de gens par jour, qui nous fatiguent, mais nous les recevons quand même, et nous les soignons. Cela ne nous empêche pas de bien travailler. Néanmoins, je ne me doutais pas que ce titre pouvait recevoir une pareille réception et dans un premier temps, je l’ai regretté. 

Je pense que ce sont surtout des jeunes médecins qui l’ont mal pris

WUD. Pour parler du contenu, quel est le patient le plus casse-couilles ? 

Dr S. C. L’archétype du patient « casse-couilles », c’est celui qui veut absolument un arrêt de travail non justifié : celui qui nous explique que sa voiture est restée au garage, celui qui pense que sa femme est malade, et qu’il va lui aussi tomber malade, et demande un arrêt anticipé (rires). Celui qui nous dit clairement qu’il n'a plus de jours de congés et qu’il est fatigué… Les généralistes font face aux mêmes demandes. Les autres patients ont tous un motif pour venir consulter, même si leur place aux urgences n’est pas toujours justifiée. S’ils y sont, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas trouvé d’endroit ailleurs. 

WUD. Et quel serait le moment « casse-couilles » aux urgences par excellence ? 

Dr S. C. Le soir, lorsque nous recevons les alcoolisés (rires) ! Ce sont ceux là qui perturbent l’arrivée aux urgences. Cela fatigue les urgentistes, car il faut parfois les attacher, on se fait frapper, cracher dessus… Ça ce sont des vrais casse-couilles, et quel que soit l’amour que l’on peut avoir pour nos patients ou pour notre métier, quand on se fait cracher dessus ou vomir dessus, par un jeune alcoolisé, on se dit que l’on a affaire à un casse-couilles !!

 

Notre métier, ce n’est pas de traiter des épidémies de gastro-entérite

WUD. Est-ce que vous pensez que les urgences actuellement sont moins ou plus casse-couilles qu’auparavant ? 

Dr S. C. Les urgences ça a été ma passion. Je les ai quittés car cela devient fatigant, nous ne faisons pas notre métier tous les jours. En tant qu’urgentiste nous sommes formés pour faire des accouchements à domicile, ou aller desincarcérer des gens dans leur voiture, traiter des infarctus... Notre métier, ce n’est pas de traiter des épidémies de gastro-entérite, ou tous les grippés du coin. Nous le faisons car nous n’avons pas le choix. Plus ça va, moins il y a de médecins généralistes, moins les gens trouvent de solutions et plus ils viennent envahir les urgences. Ils ne viennent pas pour nous pomper l’air, mais parce qu’ils n’ont pas le choix. 

WUD. Votre livre, c’est aussi une chronique de la bobologie ? 

Dr S. C. Les gens qui sont vraiment en urgence, qui sont en urgence vitale, ce sont ceux qui vont nous passionner. En aucun cas, nous ne les trouvons pas casse-couilles. À la base, quand j’ai écrit cet ouvrage, c’était aussi pour donner envie de travailler aux urgences. Mais le titre a peut-être fait l’effet contraire. L’idée c’était de dire à mes collègues, quand je suis parti, qu’il y a des moments fatigants, mais ce qui n’est pas grave peut être drôle. Il n’y a pas beaucoup de services ou de spécialités où l’on peut rencontrer ce genre de patients, où l’on peut rire. 

*Patients casse-couilles. Fous rires aux urgences. Éditions de l'Opportun. 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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