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Tribulations d'un hématologue francais à Karlsruhe

Jean-Charles, la trentaine, a fait ses études de médecine à Rennes, et son internat d'hématologie à Strasbourg pour se rapprocher de la frontière : sa future femme était allemande. Après deux ans de clinicat, il n'a pas trouvé de poste de PH dans la région. Plutôt que de déraciner sa femme et leurs enfants, il a décidé de chercher un poste en Allemagne et postulé à l'Hôpital de Karlsruhe où le service d'onco-hémato est très développé.

« Avec mon CV de médecin spécialiste venant de l'Université - ce qui est la base en France, mais pas en Allemagne, car tu ne peux te former que dans des hôpitaux dits ''périphériques'' en France - je n'ai eu aucun problème pour avoir un poste », se souvietn Jean-Charles.

En revanche, il a eu plus de difficultés pour obtenir l'approbation, c'est-à-dire le droit d'exercer la médecine en Allemagne. En tant qu'étranger, il faut prouver ses compétences en allemand en fournissant un certificat équivalent au niveau B2 de l'institut Goethe à Paris.

Mais en dehors de ça, il se ne se faisait pas de souci, car il n’y a en théorie aucun problème de reconnaissance du Diplôme de Docteur en Médecine pour les Français. Sauf que … « il n'y a pas d'équivalent pour le DES d'hématologie, contrairement aux autres DES pour lesquels une directive européenne a permis de répertorier et de faire valoir les spécialités dans n'importe quel pays ».

« Les Allemands ne savent rien déléguer »

Il a donc dû repasser sa spécialité, et a finalement réussi à travailler en Allemagne. Mais il n'était pas au bout de ses surprises. « Ce qui est très particulier ici, c'est que les Allemands ne savent rien déléguer. Donc un médecin doit tout faire lui-même : les prises de sang, poser les voies veineuses périphériques, accrocher les chimiothérapies, les transfusions,... J'ai même entendu dire que dans certains petits hôpitaux c'est le médecin qui doit accrocher la première dose d'antibiotiques ! C'est un peu dur à intégrer au départ... »

Ce qui l'a aussi beaucoup étonné, c'est le manque d'initiative de la part des juniors, incapables de prendre une décision seuls, obligés de demander systématiquement l'accord de leur supérieur. « J'ai l'impression que les jeunes médecins allemands mettent plus de temps que les Français pour acquérir les mêmes connaissances et être autonomes à cause de ce manque d'initiative et de liberté. En même temps ils sont tellement occupés à faire les prises de sang que ça prend plus de temps pour apprendre la médecine ! »

Des systèmes de santé frères mais pas jumeaux

A l'hôpital, les patients reçoivent exactement les mêmes soins qu'en France, « sauf que l'Allemagne est plus regardante sur les AMM ». Par ailleurs, le système allemand sépare totalement la médecine hospitalière et la médecine ambulatoire. A tel point qu'un médecin hospitalier ne peut pas faire de prescription pour un patient ambulatoire. Lorsqu'un patient quitte le service, il part avec une lettre de sortie et doit aller voir son médecin traitant dans les 24h pour obtenir une ordonnance pour ses médicaments.

Au total, Jean-Charles est plutôt content de vivre et de travailler en Allemagne : « il y a comme partout des avantages et des inconvénients, mais dans l'ensemble ça va. Et en tant que Français je n'ai eu aucun problème d'intégration dans l'équipe ».

Source: 

Sarah Balfagon

Portrait de La rédaction

 

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