Hôpital Saint-Antoine : une sortie de grève pour continuer autrement le combat ?

L’hôpital Saint-Antoine vient de signer un protocole d’accord pour sortir de la grève, après 11 mois de mobilisation. Mais ce n’est pas pour autant que le mouvement s’arrête sur le plan national. Loin s’en faut…

Ce fut le premier établissement à entrer dans la mobilisation, à la suite de violences subies par des membres du personnel soignant, en mars 2019. La grève des urgences venait à l'époque de démarrer. Onze mois plus tard, l’hôpital Saint-Antoine vient de signer un protocole de sortie de grève. SUD-Santé a en effet approuvé l’accord le 14 février, à la suite de la signature de la CFDT fin décembre. 
 
Pour en revenir à l’hôpital Saint-Antoine, le protocole d’accord résume les engagements pris par la direction pour répondre aux préoccupations exprimées par les personnels. Comme par exemple « la sécurisation des conditions d’exercice au sein du SAU (garantie de la présence permanente d’un agent de sécurité au niveau de l’accueil des urgences 24h/24 et 7j/7, la présence la nuit d’un deuxième agent de sécurité, mise en place d’un système d’appel à renfort dans les box pour sécuriser le personnel, des travaux d’amélioration de la sécurisation des locaux comme l’installation d’un système de vidéosurveillance », précise l'AP-HP.
 
Ce protocole précise également « l’accès possible à la formation pour les professionnels aides-soignants, le versement de l’indemnité forfaitaire de risque d’un montant net de 100 euros par mois pour les personnels qui exercent au sein du SAU et la nouvelle « indemnité pour travaux dangereux, insalubres et salissants »», poursuit l'AP-HP.

Entraves au droit de grève

Du côté du collectif Inter-Urgences (CIU), c’est un peu la mort dans l’âme que l’on a confirmé la sortie de grève, par voie de communiqué, le 24 février. Avant de préciser que « les stratégies d’entraves au droit de grève ont été réelles et sérieuses, jouant sur les inégalités de traitement entre les équipes, notamment sur la distribution de primes ou la validation d’heure supplémentaires ».
 
L’AP-HP a en effet proposé une prime de 250 euros aux agents qui sortiraient de grève, a confié à WUD Abdel Dougha, aide-soignant à Saint-Antoine et membre du CIU.

À propos des « inégalités de traitement entre les équipes » décrites par le collectif, la prime de dangerosité versée par l’AP-HP varie en fonction du nombre de jours travaillés qui ne sont pas les mêmes entre les équipes de jour (20 jours en moyenne) et de nuit (14 nuits en moyenne), selon Abdel Dougha qui aurait aimé que cette prime soit « forfaitisée de jour comme de nuit pour que les équipes de nuit ne soient pas lésées ».
 
Le CIU évoque de son côté une « stratégie classique de division » et estime que la sortie de grève est donc « davantage liée aux pressions exercées sur des équipes épuisées qu’à la satisfaction des besoins ». Des propos confirmés par Abdel Dougha qui, quand on lui demande les raisons de la sortie de grève, parle des « pressions exercées sur les grévistes qui sont fatigués après 11 mois de grève ».

Les caméras de surveillance suffiront-elles ?

L’aide-soignant se réjouit néanmoins d’avoir obtenu « la sécurisation des locaux grâce à l’installation de caméras de surveillance », même s’il pense que ces caméras « ne suffiront pas à l’avenir à empêcher les agressions dont les agents sont régulièrement victimes ».
 
Mais il tient à rappeler que l’augmentation de salaire de 300 euros exigée par le CIU depuis le début du mouvement n’a pas été accordée, ce qui signifie que cette revendication est toujours valable sur le plan national.
 
Enfin, environ 250 services d’urgence sont toujours en grève, selon Abdel Dougha. Tout cela pour dire que la mobilisation ne s’essouffle pas, notamment à Saint-Antoine où les agents « peuvent se remettre en grève du jour au lendemain en suivant le préavis de grève national ».

Nouvelle ère de mobilisation ? 

Il n’est donc pas exclu que la mobilisation reprenne sous une autre forme. Car selon Abdel Dougha, « c’est aussi parce que l’on a très peu obtenu depuis 11 mois que Saint-Antoine est sorti de grève. On va donc changer de modèle de fonctionnement ».
 
Des propos confirmés dans son communiqué par le CIU, persuadé que « notre stratégie se doit aussi d’évoluer », estime le collectif qui lors de son AG, le 15 février dernier, a évalué « la pertinence de rester en grève au vu des faibles résultats si cela impactait trop la qualité de travail ».
 
On devrait en savoir plus dans les jours ou semaines qui viennent. Mais, une chose est sûre : le CIU s’engage à « rendre visible l’urgence de la situation par d’autres moyens, dans l’action comme dans la collecte de données objectivement de dysfonctionnements systémiques ».

 

13 services d’urgences de l’AP-HP sortis de la grève 
Au total, 13 des 25 services d’accueil des urgences (SAU) de l’AP-HP sont aujourd’hui officiellement sortis de la grève, selon l'AP-HP. Des protocoles d’accord ont été signés dans les SAU des hôpitaux Saint-Antoine, Trousseau, Robert-Debré, Antoine-Béclère (urgences adultes et pédiatriques), HEGP, Pitié-Salpêtrière, Henri-Mondor, Tenon, Ambroise Paré (urgences adultes et pédiatriques), Saint-Louis, Necker-Enfants malades.
Portrait de Julien Moschetti

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