Harcèlement sexuel dans le milieu médical : 1 femme médecin sur 6 victime d’un collègue

Une femme médecin sur six a été victime de harcèlement sexuel de la part d’un collègue au cours des six dernières années, selon une enquête sur le harcèlement sexuel dans le milieu médical en France (1).

 « Embrassée sur la bouche par surprise avec un commentaire humiliant », « Baisers sur la bouche non désirés », « Des caresses et un baiser forcé », « Tentative d’enfermement dans la chambre de garde avec verbalisation explicite de proposition sexuelle »… Victimes de harcèlement sexuel, des femmes médecins témoignent dans une enquête sur le harcèlement sexuel dans le milieu médical en France (1) publiée par le site d’information médical Medscape.
 
Les chiffres font froid dans le dos : 1 femme médecin sur 6 a déjà été harcelée sexuellement par un autre professionnel de santé au cours des six dernières années. Tous sexes confondus, le harcèlement sexuel touche 1 médecin sur 12, tandis que les praticiens les plus jeunes (- 45 ans) en sont 3 fois plus fréquemment victimes que leurs collègues plus âgés. Si l'on analyse le harcèlement par tranche d'âge, 9 % des 28-34 ans ont subi un harcèlement sexuel, contre 7 % pour les 35-39 ans, 5 % pour les 40-44 ans, et 2 % pour les 45-49 ans et les 50-54 ans. Enfin, 15 % des internes ont été victimes d'abus, de harcèlement ou d'inconduite à caractère sexuel, tandis que 26 % en ont été témoins.

Les médecins fréquemment harcelés par leurs patients

L’enquête révèle également que les médecins sont 6 fois plus fréquemment harcelés par un patient que par un collègue. Des comportements inappropriés qui se manifestent, pour un quart des victimes harcelées par des patients, par des demandes de rendez-vous (42%), des tentatives d’attouchement (25%) ou des demandes de rapport sexuel (8%).
 
En interne (15% des agressions), l’agresseur (médecin à 61%) occupe la plupart du temps une position hiérarchique supérieure à celle de la victime. Le harcèlement sexuel de la part d’un collègue se traduit, pour les deux tiers des personnes interrogées, par des commentaires à connotation sexuelle sur le physique, et pour la moitié d’entre elles, par des propositions de relations sexuelles. Près du tiers ont cité aussi des demandes répétées de rendez-vous ou un envahissement délibéré sur leur sphère personnelle. Enfin, une victime sur 20 a reçu des propositions de promotion en échange d’une relation sexuelle ou des menaces en cas de refus.

Conséquences des actes de harcèlement

Les infirmières sont également concernées : 51% d’entre elles sont victimes ou témoins de harcèlement sexuel ces trois dernières années. Les personnes de moins de 45 ans sont les plus touchées (44% victimes ou témoins). Nombreuses sont celles qui indiquent que le risque est le plus grand en début de pratique ou en cours de stage.
 
Quelles sont les conséquences des actes de harcèlement sur les victimes ? Lorsqu’il provient d’un collègue, il conduit près de 40% des victimes à adopter des mauvaises habitudes de vie.  Un quart d’entre elles se sont isolées, d’autres ont indiqué avoir augmenté leur consommation d’alcool, de tabac ou de médicaments sur ordonnance, ou manger de façon compulsive. À la suite de l’incident, 20% des victimes ont envisagé de démissionner, 8% l’ont fait.

Incidence négative sur la qualité des soins

« Le harcèlement sexuel a une incidence négative sur la qualité des soins prodigués aux patients. Plus de 3 personnes sur 4 reconnaissent qu’il peut avoir des répercussions sur la capacité à effectuer son travail », souligne Véronique Duqueroy, directrice éditoriale chez Medscape. Une victime sur 3 a en effet connu des difficultés à se concentrer. Et, pour 1/4 d’entre elles, il a un impact négatif sur l’attention qu’elles portent à leurs patients, les conduisant, pour certaines (5%), à commettre des erreurs médicales.
 
Enfin, on assiste à une banalisation de ces comportements qui sont souvent difficiles à dénoncer. Le plus souvent, le harcèlement en milieu médical n’est pas un évènement commis par un seul assaillant : les trois quarts des victimes déclarent avoir été harcelées par plus d’un collègue, et près de la moitié indique deux ou trois agresseurs.
 
Elles sont tout autant à devoir continuer à interagir avec leur harceleur en raison de leurs responsabilités professionnelles. Globalement, plus d’un médecin sur 10 pense que le harcèlement sexuel est tacitement accepté dans leur milieu professionnel. Un sentiment deux fois plus prononcé parmi les internes (une personne sur 5). La grande majorité des victimes (71%) ne dénonce en effet pas leur agresseur.
 
Pour consulter le rapport (chiffres et témoignages) cliquez ici.
 
(1) 1007 médecins pratiquant à plein temps en France ont témoigné de leur expérience à travers un sondage en ligne entre le 7 juin et le 13 août 2019. Un peu plus de la moitié étaient des hommes (55%), salariés (70%) et travaillant à l’hôpital (63%). Ont également répondu 88 internes/étudiants en médecine et 76 infirmières/sages-femmes. Environ un répondant sur 7 était médecin généraliste. Les autres spécialités les plus représentées étaient la médecine d'urgence et la psychiatrie (10%), l'anesthésiologie (7%), et la cardiologie (6%).

Portrait de Julien Moschetti

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