Grève des urgences : ne rien lâcher !

La grève des services des urgences se poursuit dans un nombre croissant d’établissements. Et ce n’est pas la signature d’un accord à l'hôpital Cochin qui va changer la donne, selon Christophe Prudhomme, le porte-parole de l'Amuf (Association des Médecins Urgentistes de France).

Coté pile : la CGT annonçait lundi avoir signé un protocole de sortie de grève aux urgences de l'hôpital Cochin. Côté face : le mouvement de grève se propage de jour en jour, telle une traînée de poudre, dans un nombre croissant d’établissements.
 
La semaine dernière, nous vous annoncions que la CGT Santé Action Sociale lançait un préavis de grève nationale, tandis que les services des urgences (SU) des établissements de Nantes, Strasbourg, Mulhouse, Tours, Altkirch ou de la Croix-Rousse (Lyon) rejoignaient le mouvement qui avait pris naissance à l’AP-HP et au CHU de Valence.
 
Ils ont depuis été rejoints par Mantes-la-Jolie, Bourg-en-Bresse (jeudi prochain), et, bientôt, Clermont-Ferrand ou Saint-Nazaire où, pour plomber un peu plus un décor qui n’en avait franchement pas besoin, un patient disparu a été retrouvé mort par pendaison dans le placard de la chambre de l’hôpital psychiatrique.
 
Quelle est la situation aujourd’hui ? La CGT a demandé à la ministre de la Santé l’ouverture les négociations nationales car « les revendications sont communes à l’ensemble des services d’urgences », explique Christophe Prudhomme, le porte-parole de l'AMUF (Association des Médecins Urgentistes de France). Ces revendications appellent donc une réponse et une décision nationales pour que cela soit ensuite décliné localement. »
 
Joint ce matin par téléphone par What’s up Doc, celui-ci résume les revendications en trois points principaux. Premièrement, « il faut des effectifs pour assurer la sécurité des patients en se basant sur le référentiel médical de Samu-Urgences de France (700 postes recommandés, NDLR). »
 

Zéro hospitalisation brancard

Deuxièmement, les SU demandent une prime de 300 euros net pour l’ensemble des agents. « Les salaires des paramédicaux posent problème, estime Christophe Prudhomme. Une infirmière débute à 1600 euros net tant en travaillant les week-ends et les jours fériés. Or, c’est un peu juste pour vivre avec 1600 euros en Île-de-France… »
 
Troisième revendication : « Que les patients hospitalisés aux urgences puissent l’être dans un lit et non pas sur les brancards, car cela aggrave la charge de travail pour les urgences. Le mot d’ordre de ce mouvement de grève, c’est « zéro hospitalisation brancard » », porte-parole de l'Amuf, décidé à remettre en cause la politique de fermeture de lits de ces dernières années. Soit l’équivalent de la fermeture de « 100 000 lits en 20 ans dans l’ensemble des hôpitaux français ».
 
Pour Christophe Prudhomme, le protocole de sortie de grève aux urgences de l'hôpital Cochin est un « épiphénomène ». Selon lui, les propositions émises par la direction (une indemnité travaux dangereux à 72 euros brut/mois, 250 euros nets versés en mai sous forme d’heures supplémentaires, la présence d’un agent de sécurité 24h/24…) « ne sont pas à la hauteur des enjeux ».  
 

Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

 
C’est la raison pour laquelle il s’est déplacé ce matin à l'hôpital Necker. « Il y a aujourd’hui de fortes pressions sur les établissements qui sont en grève. J’ai donc expliqué au personnel de l'hôpital Necker qu’il ne fallait pas qu’il suive le même chemin que Cochin. Parce que cela serait lâcher la proie pour l’ombre. » Ce qui signifie littéralement : se laisser distraire de son objectif, de ses intérêts, abandonner un avantage réel pour un profit illusoire.
 
Pour le porte-parole de l'Amuf, cet « avantage réel » découlera de futures négociations nationales : « Il ne faut pas céder à ce type de propositions qui peuvent être vues comme un verre à moitié plein. Mais en réalité, il s'agit d’un verre à moitié vide. Le mouvement s’étend, donc il n’est plus question de signer des accords locaux.».
 
Christophe Prudhomme conseille donc aux SU en grève « de rester dans le mouvement national, pour que l’on puisse négocier au niveau national dans le cadre que l’on avait défini, pour que l’on puisse avoir des perspectives d’avenir stables, pour sortir de la situation catastrophique dans tous les services d’urgences. »

Ancune avancée sur les lits

 
Pour ce faire, il faudra selon lui avant tout se baser sur le référentiel qui norme les effectifs par rapport à l’activité de services. « Il faut qu’au niveau national soit décidé clairement le fait que ce ne sont pas des gestionnaires de lits dont nous avons besoin, mais des lits pour nos patients afin d'assurer leur sécurité. Or, en ce qui concerne les lits, il n’y a aucune avancée pour le moment. Quant à la prime de 300 euros demandée, les hôpitaux proposent à peine 70 euros brut... »
 
Et de conclure sa démonstration par des données chiffrées : « Quand un patient de passage aux urgences n’est pas hospitalisé dans un lit dans l’heure ou l’heure et demi qui suit, il y a une perte de chance qui se traduit par une surmortalité de 9 % tous patients confondus. Cette surmortalité peut même atteindre 30 % pour les patients les plus graves. »
 

Portrait de Julien Moschetti

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