Fidélisez vos patients, c’est pour leur bien

Opération séduction

Une revue de littérature britannique tend à montrer que la mortalité des patients fidèles à leur praticien est plus faible. Bon argument pour conserver sa patientèle !

Vous déplorez cette médecine de consommation dans laquelle les patients picorent des consultations médicales à droite à gauche ? Vous sentez la pression des plateformes de rendez-vous en ligne, qui les incitent à prendre un créneau chez le confrère parce que vous n’avez pas de dispo dans les deux heures ? Tout ça, c’est terminé ! Vous pourrez maintenant leur dire : « Si vous allez voir ailleurs, vous allez mourir ».

La fidélité récompensée

Simpliste et malhonnête ? Un peu, sûrement, mais c’est pour leur bien et ça n’est pas totalement faux. C’est en tout cas ce que suggère une revue de littérature (1996-2017) réalisée par des chercheurs de l’université d’Exeter (Royaume-Uni) et publiée dans BMJ Open. Ils ont étudié le lien entre mortalité et continuité des soins, c’est-à-dire « lorsqu’un patient et un médecin se voient de manière répétée, et apprennent à se connaître », précise le Pr Philip Evans de la faculté de médecine d’Exeter, médecin généraliste et l’un des auteurs de l’étude.

Sur les 22 articles remplissant les critères parmi plus de 700 présélectionnés, 18 (soit 82 %) associent fidélité au médecin – qu’il soit généraliste ou spécialiste (chirurgien, psy, cardio, gastro) – et mortalité plus faible, les quatre restants rendant des résultats peu concluants. L’effet se vérifie dans les neuf pays considérés par les différentes études (1), pourtant très différents dans leurs cultures et leurs systèmes de santé, et semble tenir une fois les critères confondants écartés.

Dix consults achetées, une consult offerte

Satisfaction des patients, application des conseils sanitaires, observance thérapeutique, recours moins important aux services hospitaliers et donc mortalité plus faible sont associés à la fidélité à son médecin. « Alors que les technologies médicales et les nouveaux traitements dominent les actualités médicales, l’aspect humain de la pratique a été négligé », estime le Pr Evans. « Notre étude montre qu’il peut pourtant sauver des vies, et qu’il devrait être considéré comme une priorité ».

« Jusqu’à présent, le fait de permettre aux patients de consulter le médecin de leur choix a plutôt été appréhendé sur le plan pratique, comme une faveur », ajoute Denis Gray, chercheur et co-auteur de l’étude. « Il est désormais clair que ce choix relève de la qualité de la pratique, et que c’est littéralement une question de vie ou de mort ».

Oui, il a osé. Oserez-vous dire la même chose à vos patients ? Maintenant que c’est prouvé par une étude, ça n’est plus seulement de la publicité. Science-based medicine, vous dit-on !

(1) États-Unis, Royaume-Uni, France, Israël, Croatie, Canada, Pays-Bas, Taiwan, Corée du Sud

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

Vous aimerez aussi

Annonce-phare de la rentrée de la ministre de la santé
Élu tout nouveau président du syndicat national des cardiologues, le Dr Marc Villaceque a de grandes ambitions de service pour son syndicat. 

La Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) a dévoilé le 16 juin dernier ses 24 propositions dans le cadre du Ségur de la santé. Des...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.