WUD Rachel, nous constatons une absence de données accessibles sur les maternités des femmes médecins hospitalières. Mais en pratique clinique courante, quel en est l’impact réel ?
RB Je remarque tout d’abord qu’il existe un nombre non négligeable de femmes célibataires parmi les PH, de femmes sans enfants.
La longueur de nos études, qui dépasse même celles de grandes écoles, les activités scientifiques, l’installation, tout cela ne va pas avec la maternité ! La maternité impacte le travail en premier lieu par la perte de mobilité pourtant nécessaire à une évolution de carrière, à l’accès à la formation (DU, congrès, etc.). Devenir mère, construire une famille n’est pas quelque chose de neutre ; cela influence notre carrière de 30 à 50 ans ! Par contre la vie de famille me semble aussi stabiliser certains praticiens qui en font autant, voire même plus que d’autres paradoxalement.
WUD Alors quel serait, selon vous, le juste équilibre entre maternité et investissement professionnel ?
RB Je relèverai finalement 4 profils de femmes médecins PH :
• les mères investies dans leur carrière et leur profession ;
• les mères privilégiant leur famille ;
• les femmes sans enfant priorisant leur carrière ;
• les femmes sans enfant sans investissement prononcé dans leur métier, avec souvent une autre activité annexe.
Mais la vraie question de fond qui mérite d’être posée, ce serait plutôt : « C’est quoi le métier de médecin ? » Est-ce un travail comme un autre pour des personnes qui ont d’autres loisirs ou passions en dehors de leur vie professionnelle ? Ou est-ce une vocation empreinte d’une volonté de faire avancer le milieu dans lequel on exerce et qui nous amène à nous investir entièrement ? Il ne s’agit plus là seulement de la question d’être mère ou de ne pas l’être…
Tout dépend au fond de ce qui nous a réellement motivé à faire médecine et qui tient plus à la question de la transmission.
WUD Quelle forme prend donc cette transmission, Rachel ?
RB Je pense qu’elle a évolué. Dorénavant nous sommes plus axés sur nous-mêmes.
La transmission pour les femmes passait auparavant essentiellement par la question de la maternité. Aujourd’hui, la grossesse reste un des moyens de transmettre mais certainement plus le seul : la créativité, l’investissement professionnel auprès des patients, des équipes, des plus jeunes, sont autant de moyens conséquents pour nombre de femmes !
WUD Concrètement, au niveau syndical, rencontrez-vous des cas de femmes médecins dans le public avec des difficultés professionnelles lors de leur grossesse ?
RB Le statut de PH est assez protecteur. Les situations les plus complexes se rencontrent en début de carrière. Nous avons peu de retours concernant des arrêts de contrats de praticiens contractuels pendant les congés maternité. Par contre nous avons été sollicités à plusieurs reprises pour des non-titularisations pendant les congés maternité.
C’est une honte, d’autant que les économies réalisées par les établissements, car c’est le nerf de la guerre, sont ridicules…
Cela est très préjudiciable à l’attractivité de l’hôpital public !
La féminisation de la profession devrait permettre d’améliorer la situation de ses femmes enceintes car ces problématiques sont sous-estimées et peu considérées. Les hôpitaux devraient pouvoir recourir à des praticiens remplaçants pendant les congés maternité. Il ne faut pas limiter les grossesses. C’est un atout que d’avoir des femmes qui deviennent mères, qui sont donc dans une projection vers l’avenir, dans une dynamique de construction. Ce n’est pas la maternité le problème, c’est l’incapacité du système à lui laisser une place !