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« Sustegnu » veut dire soutien en corse. C’est aussi le nom du programme que porte depuis 2023 l’Union régionale des professionnels de santé – médecins libéraux de Corse, pour accompagner les carabins au fil de leur cursus.
Le principe est simple : chaque étudiant volontaire est mis en relation avec un médecin libéral exerçant sur l’île, qui lui offre un espace d’écoute et de discussion, répond à ses questions, le conseille dans ses choix d’orientation professionnelle et l’aide à développer son réseau.
L’enjeu, à moyen et long terme, est clair : maintenir le lien avec les futurs praticiens, les encourager à effectuer des stages en Corse et leur donner envie de s’y installer.
L’idée a émergé en 2023, à une époque où seule la première année des études de santé pouvait être suivie à l’université de Corse, située à Corte, au centre-nord de l’île. « On avait tendance à perdre les étudiants de vue entre la première année et le début de l’internat », explique le Dr Laurent Carlini, médecin généraliste et urgentiste, à l’initiative du projet.
Futurs associés
Depuis peu, le cursus médical s'est toutefois progressivement étoffé : après l’ouverture de la deuxième année de médecine l'an derner, la faculté doit accueillir ses premiers étudiants de troisième année à la rentrée 2026. L’intégralité du premier cycle pourra ainsi être suivie sur l’île, avant que les carabins ne poursuivent leurs études à Aix-Marseille - partenaire principal de la formation - à Nice ou à Paris.
Loin d’affaiblir le dispositif de parrainage, ce prolongement du cursus sur l’île devrait faciliter les rencontres entre parrains et filleuls, estime Laurent Carlini. Aux échanges téléphoniques ou par visioconférence pourront s’ajouter des rendez-vous en présentiel, voire des accueils ponctuels en stage.
Et cet accompagnement prendra, selon lui, tout son sens lors de l’entrée dans le troisième cycle, lorsque les étudiants devront arrêter des choix déterminants : spécialité, terrains de stage, sujet de thèse ou encore composition du jury. Autant d’interrogations auxquelles peut répondre l’expérience d’un parrain.
Le dispositif compte actuellement une trentaine de binôme constitués, avec environ 70% de médecins généralistes, explique le Dr Calini, lui-même parrain d’une jeune étudiante, partie effectuer sa deuxième année sur le continent.
« Si on arrive à créer une affinité, cela peut déboucher sur des opportunités professionnelles : des stages, une installation… Peut-être que cette étudiante deviendra un jour mon associée », imagine-t-il, expliquant avoir lui-même ressenti, au début de ses études, le manque d’un interlocuteur susceptible de le guider.
Tous les étudiants corses admis en deuxième année peuvent demander à intégrer ce dispositif. Ils doivent s’inscrire sur le site de l’URPS Médecins Libéraux de Corse, puis choisir un parrain parmi une liste de médecins volontaires, notamment en fonction de leur spécialité ou de leur implantation géographique.
Répondre aux difficultés d’accès aux soins
Ce type de programme poursuit la logique d’universitarisation de l’île engagée depuis quelques années et incarnée par la construction d’un CHU à l’horizon 2030.
En juin dernier, l’Université de Corse a d'ailleurs vu la première thèse de médecine soutenue en son sein, par un ancien étudiant de première année sur le campus. Consacrés à l’implication des médecins généralistes dans les maisons médicales de garde de l’île, les travaux étaient justement dirigés par le Dr Carlini.
La région, insulaire et montagneuse, continue toutefois de faire face à d’importants défis en matière d’accès aux soins et de vieillissement de la population (plus de 30% des habitants ont plus de 60 ans).
Au 1er janvier 2025, la Corse comptait 1 221 médecins, soit 339 pour 100 000 habitants, contre 346 en moyenne nationale.