E-prescription : la fin du déchiffrage des hiéroglyphes médicaux

[La chronique du pharmacien] Vous ne vous en êtes probablement jamais rendu compte, mais vous avez traumatisés des générations et des générations de pharmaciens. 

Alors bien évidemment, je ne vais pas vous parler des petits enfantillages qui débutent dès la fac et qui, au fond, constituent aussi le charme de la relation médecin-pharmacien. Non, cela serait trop facile et ne ferait probablement pas avancer le débat.

Mais, j’ai décidé plutôt de vous présenter une discipline non universitaire que nous apprenons, nous pharmaciens, sur le tas : le déchiffrage des hiéroglyphes médicaux sur vos ordonnances. 

 

Car oui, c’est devenu, au fil des années, une véritable science. Et cette compétence s’acquiert après un certain temps de pratique professionnelle. Nous sommes même experts dans cet exercice bien particulier qui consiste à trouver le nom des médicaments prescrits à la main. Parfois je l’avoue, c’est assez facile, car vous nous laissez quelques indices dans la prescription. Mais d’autre fois, Sherlock Holmes aurait du mal à résoudre l’énigme. Et bien souvent, les patients ne sont d’aucune aide face à nos interrogations.

Et je pense même que vous ne vous êtes jamais mis à notre place quand on se retrouve avec ce papyrus entre les mains à essayer de trouver l’énigme prescrite.

Heureusement avec le déploiement des outils informatiques dans les cabinets médicaux, la prescription manuscrite se fait de plus en plus rare. 

Néanmoins certains “papy” font encore de la résistance. Et il vous arrive parfois de rajouter à la main, sur une ordonnance informatisée, un médicament oublié.

Et bien tout cela va bientôt disparaître ! Les pharmaciens (mais aussi les patients !) sont plutôt ravis de cette bonne nouvelle. 

Car la dématérialisation de la prescription va devenir la norme d’ici 20241 en ville. Toutes les prescriptions de médicaments, d’actes de soins ou encore d’analyses biologiques devront se faire via un système électronique. 

Ces e-prescriptions serviront donc pour la dispensation des médicaments à l’officine. Elles permettront également la prise en charge par l’assurance maladie pour le remboursement des spécialités prescrites. 

L’expérimentation est déjà en cours dans certaines régions afin de tester la faisabilité de cette nouvelle organisation. Et les premiers résultats sont plutôt encourageants.

 

Alors bien sûr, cette dématérialisation a d’autres avantages. 

Pour moi, l’un des plus importants est la problématique bien réelle des vols d’ordonnances ou des prescriptions falsifiées. 

Selon une étude récente de l’association française des centres d’addictovigilance, en 2019 près de 2000 fausses prescriptions ont été transmises à l’organisation2

Les e-ordonnances vont trouver alors toute leur utilité, car la transmission ne passera plus par le patient. Le médecin enverra directement, via son logiciel de cabinet, sa prescription au pharmacien afin que ce dernier réalise la dispensation des médicaments. 

Un autre argument en faveur de cette dématérialisation des échanges est la lutte contre les erreurs médicamenteuses. Beaucoup d’accidents iatrogènes sont encore le résultat d’une mauvaise prescription, d’une erreur de dispensation ou encore d’un problème lors de l’administration. La suppression des prescriptions manuelles constituera très probablement une garantie contre ces erreurs de déchiffrage des lignes de médicaments pour les pharmaciens, mais aussi pour les infirmiers. On le voit déjà à l’hôpital, le recours à des outils informatiques permet d’apporter une sécurisation supplémentaire. Les pancartes au pied des lits des malades ont définitivement disparu des services...

 

Tout cela va donc dans le bon sens, il ne reste plus que quelques mois avant de voir la généralisation de ce dispositif. 

L’exercice médical et pharmaceutique sont en constante évolution et il est à parier que ce changement se fera sans difficulté pour les professionnels. 

En revanche pour les patients, une nouvelle éducation est à préparer. Fini la consultation médicale avec quasiment obligatoirement une prescription sur une ordonnance papier...

Source: 

1. Loi re­la­tive à l'or­ga­ni­sa­tion et à la trans­for­ma­tion du sys­tème de santé du 24 juillet 2019
2. http://www.lepharmaciendefrance.fr/actualite-web/ordonnances-suspectes-la-pregabaline-en-vedette

Portrait de Romain Lecointre

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