Dr Marie Beylot-Barry : « Nous donnons une solution aux patients qui doivent consulter un dermatologue mais qui n’en trouvent pas »

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Depuis plusieurs mois, en Nouvelle-Aquitaine, un cabinet médical sur roues sillonne les routes pour emmener les dermatologues, à la rencontre des patients. Un projet qui va s’étendre à d’autres régions dès septembre. Rencontre avec Dr Marie Beylot-Barry, référente médicale de Mobilderm.

Dr Marie Beylot-Barry : « Nous donnons une solution aux patients qui doivent consulter un dermatologue mais qui n’en trouvent pas »

© Mobilderm SFD

What’s up Doc : Quel a été votre rôle dans la création du projet Mobilderm ?
MBB. : Je suis chef du service de dermatologie au CHU de Bordeaux et je suis secrétaire du fonds de dotation de la Société Française de Dermatologie (SFD). Lorsque la SFD a émis l’idée de cette consultation itinérante, j’ai proposé que la Nouvelle-Aquitaine soit la région pilote. Je suis donc devenue référente médicale pour le projet Mobilderm.

 

Comment s’est déroulée la mise en place, de l’idée à la réalisation ?
MBB. : C’est un long processus parce qu’il y a pas mal d’étapes à franchir. On a eu l’idée fin 2023, car on était bien conscient du problème de démographie médicale en dermatologie.

Pour amener le dermatologue dans des régions sous-dotées, on a pensé à un cabinet mobile dans un camion. On a regardé ce qui se faisait dans d’autres spécialités, en particulier en ophtalmologie, en radiologie, etc.

Puis, nous avons trouvé un donateur qui nous a permis de lancer le projet. En parallèle, nous avons rencontré des dermatologues, les caisses d’assurance maladie, les conseils de l’ordre, l’ARS, les CPTS… Tous les acteurs indispensables pour mettre le projet en place, à la fois sur le plan réglementaire et pour le faire connaître.

 

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Quels sont les objectifs de Mobilderm pour les patients ?
MBB. : Ce n’est ni du dépistage, ni de la prévention. Notre but est de répondre à une demande thérapeutique ou diagnostique d’un généraliste qui a un patient avec un problème dermatologique qu’il n’arrive pas à résoudre et qui a besoin d’un avis spécialisé.

Pour consulter, il faut prendre un rendez-vous sur Doctolib, comme dans un cabinet traditionnel. C’est essentiel, sinon cela désorganiserait complètement les choses.

Le but, c’est de donner une solution aux patients qui doivent consulter un dermatologue depuis plusieurs mois et qui n’en trouvent pas. Mais toujours après une première évaluation par le généraliste parce qu’il y a un certain nombre de choses qu’il peut résoudre directement. 

 

Comment avez-vous choisi les lieux d’intervention ?
MBB. : On a choisi des départements qui sont parmi les plus touchés par la crise de la démographie médicale. Il y a la Creuse, le Lot-et-Garonne, une partie des Landes, la Charente-Maritime, la Haute-Vienne… ce sont des territoires en difficulté.

Ensuite, il fallait que le camion se rattache à un centre de santé dans ces départements, puisque les actes sont facturés par ce centre. Il y a tout un cadre réglementaire.

Le camion est donc installé à côté des centres de santé à chaque étape.

 

« On est autour de 20 à 25 consultations par jour. Certains en font un peu plus, d’autres un peu moins, selon la complexité des cas et l’organisation. »

 

Que trouve-t-on à l’intérieur du camion ?
MBB. : C’est un véritable cabinet médical, mais sur roues. Il y a un bureau, une chaise, une table d’examen, des instruments pour faire des biopsies cutanées, des prélèvements de peau. On a tout l’éclairage nécessaire, avec les lampes spécifiques pour bien examiner les patients. On a des dermatoscopes et de l’azote liquide pour traiter les patients.

 

Comment se déroule une consultation dans le camion ?
MBB. : Le patient arrive au centre de santé, passe à l’accueil comme dans un cabinet classique, présente sa carte vitale, puis attend.

Ensuite, l’assistante vient le chercher et l’emmène dans le camion. Là, il rencontre le dermatologue, qui fait la consultation avec tout le matériel nécessaire.

À la fin, le médecin donne les ordonnances et le patient repasse par le centre de santé. C’est un circuit très proche de celui d’un cabinet classique.

 

Combien de patients sont vus par jour ?
MBB. : C’est assez variable, mais on est autour de 20 à 25 consultations par jour. Certains en font un peu plus, d’autres un peu moins, selon la complexité des cas et l’organisation.

 

Quels retours avez-vous depuis le lancement du projet ?
MBB. : Le camion a pris la route début février. On a beaucoup de retours des patients, des dermatologues et aussi des centres de santé, qui sont très satisfaits de l’expérience. 

 

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Le projet a-t-il vocation à s’étendre à d’autres régions ?
MBB. : Oui, il va s’étendre progressivement à toute la France. Le camion a pour mission de faire des tournées de six mois par région. On est en Nouvelle-Aquitaine jusqu’à fin juillet. Ensuite, à partir de septembre ou octobre, il partira dans les Hauts-de-France, puis en Auvergne-Rhône-Alpes.

Après, la question c’est ce que se passe-t-il dans les régions après le passage du camion ? Les répercussions ? Le suivi ? 

On voit que certains dermatologues sont contents d’avoir participé, avec le sentiment d’avoir rendu service. On peut donc imaginer des missions délocalisées dans les centres de santé, mais ce n’est pas encore structuré. Il faudra des soutiens institutionnels.

Par exemple, avec le réseau Médecins Solidaires, il a été possible de faire venir une dermatologue récemment retraitée une fois par mois. Ce sont des initiatives ponctuelles, mais intéressantes.

 

« Cette initiative illustre le dynamisme de la spécialité et la volonté des médecins de faire avancer les choses. »

 

Si nos lecteurs dermatologues souhaitent vous rejoindre, que doivent-ils faire ?
MBB. : Il suffit d’aller sur le site Mobilderm de la Société Française de Dermatologie.

La mission en Nouvelle-Aquitaine est complète, donc ce serait plutôt pour les Hauts-de-France. Et d’ailleurs, ce ne sont pas uniquement des dermatologues locaux qui participent : certains viennent de Paris par exemple.

 

Un dernier message ?
MBB. : Cette initiative illustre le dynamisme de la spécialité et la volonté des médecins de faire avancer les choses. On ne se contente pas de dire que la démographie médicale est un problème insoluble, on essaie de trouver des solutions.Bas du formulaire

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