Don de rein : les généralistes ont une carte à jouer !

Au plus proche de l’environnement familial et psychosocial du patient, le médecin généraliste est un acteur clé pour sensibiliser les proches des patients au don de rein du vivant.

C’est une question particulièrement délicate à aborder en consultation : le don de rein. En effet, inciter les proches à donner pour un patient atteint d’insuffisance rénale, cela n’a rien d’aisé. Et pour cause : les freins au don de rein sont nombreux. Entre l’appréhension du donneur qui craint les conséquences sur sa santé, et le sentiment de culpabilité du receveur qui n’ose pas solliciter ses proches, difficile pour le généraliste de trouver le juste discours.
 
Et pourtant. En matière de greffe rénale, le médecin traitant joue un rôle essentiel pour aborder la situation. De fait, il est au plus proche des patients atteints d’insuffisance rénale, mais aussi de leur entourage. Cette place privilégiée, à la croisée des donneurs et des receveurs, lui confère plusieurs fonctions centrales.
 

Relayer l’information

« C’est lui qui peut, le mieux, exposer la situation aux patients et à leur famille, discuter dans les grandes lignes de la procédure, proposer aux proches de devenir donneurs tout en les rassurant sur les conséquences. En effet, le plus dur pour nous, c’est de faire passer le message aux familles car nous ne connaissons pas l’entourage du patient comme lui. Le médecin traitant a tout un rôle à jouer en amont des services hospitaliers », explique Dr Ahmed Jeribi, néphrologue au CH d’Antibes.
 
En première ligne en tant que relai de l’information, le généraliste peut ainsi rappeler les messages clés : on vit en bonne santé avec un seul rein ; l’intervention est à très faible risque ; elle est réalisée après un bilan de santé exhaustif ; la greffe de rein prélevé sur un vivant constitue de très loin le meilleur traitement pour les patients atteints d’insuffisance rénale…
 
En rassurant le donneur, le médecin généraliste déculpabilise aussi le receveur, ce qui facilitera la suite du parcours de l’un et de l’autre. « C’est aussi lui qui connaît le mieux l’environnement médical et familial du patient, les éventuelles problématiques, la situation psychologique et sociale des donneurs et des receveurs. Ainsi, son avis peut être précieux lorsque nous menons les premières investigations sur les candidats donneurs », précise Hanen Grabsi, infirmière coordinatrice Transplantation Rénale au CHU Nice.
 

 

Un acteur de référence dans le suivi

Lorsqu’une personne souhaite donner son rein à un proche, son médecin traitant en est préalablement informé. Il peut être consulté sur les antécédents du candidat donneur, livrer son point de vue. Mais le généraliste a également tout un travail à mener au long cours dans la prise en charge du donneur.
 
En effet, le suivi post-opératoire est d’abord mené par les médecins hospitaliers. Mais un an après l’intervention, le donneur peut choisir de se faire suivre par son médecin traitant. « Alors, nous travaillons en étroite collaboration avec lui ; il devient un acteur fondamental de la prise en charge », explique Hanen Grabsi.
 
En 2018, 541 personnes ont donné leur rein à un proche ; seuls 15 % des greffons rénaux ont été prélevés sur des donneurs vivants, contre plus 30 % chez nos voisins britanniques, néerlandais ou scandinaves. « Pour changer la donne, le médecin généraliste a une vraie carte à jouer ! », conclut Ahmed Jeribi. 
 

Le don de rein en France…
 
• En 2018, 5 805 greffes d’organes ont été réalisées, dont 561 à partir de donneurs vivants. En France, plus de 63 000 personnes vivent grâce à un organe greffé.
 
• Le rein est l’organe le plus greffé : 3 567 greffes de rein ont été réalisées pour des malades souffrant d’insuffisance rénale chronique terminale. 
 
• Le rein est l’organe pour lequel il y a le plus de patients en attente sur la liste nationale. Au 1er janvier 2018, 14 291 personnes étaient en attente d’un greffon rénal.
 

 
 
 

Portrait de WUD
Par WUD

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