Dans le Grand Est, des internes en surchauffe et d'autres désœuvrés, selon le Saihcs

Lucas Gauer, président du syndicat autonome des internes des hospices civils de Strasbourg (Saihcs) revient pour WUD sur la situation des hôpitaux dans le Grand Est, frappés de plein fouet par l'épidémie de Covid-19. 

What's up Doc. Quelle est la situation globale à Mulhouse ? 

Lucas Gauer. La question, c’est de disposer d’un effectif de personnel en nombre suffisant, sans non plus se marcher sur les pieds. Pour cela il ne faut pas non plus exposer trop les personnels, car nous sommes partis pour six semaines de crise. Il y a des contaminations de soignants tous les jours, et si c’est pour mettre tout le monde sur le banc de touche en trois semaines ce n’est pas la peine. Les réas sont en nombre suffisant dans les temps normaux, là maintenant le problème c’est que les capacités d’accueil ont explosé. C’est pour cela qu’ils ont créé des lits. Les anesthésistes sont réquisitionnés pour faire du Covid et on a arrêté toute l’activité de chirurgie programmée non urgente. Jusque là cette réorganisation a réussi à se faire en interne. Mais là, maintenant, ils commencent à appeler des internes de toute la subdivision et à transférer des patients vers Strasbourg, Colmar, etc. Maintenant que Strasbourg commence à se remplir, on écluse là où on peut. On constate aussi que la population a réussi à se passer des urgences presque entièrement dédiés au Covid-19, on se demande d’ailleurs où sont passés tous les patients qui auparavant étaient utilisateurs des urgences… 

WUD. On parle de scène catastrophe à Strasbourg avec des patients à même le sol…

L. G. Ah ça, je n’en ai jamais vu. Mais je ne suis pas dans un service exposé, puisque je suis actuellement en pédiatrie. On sait que les enfants actuellement sont très rarement malades. Mais l’on sait aussi qu’ils portent le virus. Résultat : nous nous retrouvons avec plus de pédiatres malades que d’enfants. Dans mon service nous ne sommes pas débordés par les patients, au contraire : nous avons renvoyé pratiquement tout le monde. Mais quand je me balade dans les autres services, je constate que l’hôpital est complètement désert, c’est d’un calme monacal et c’est assez agréable d’ailleurs. Mais je n’ai pas vu de patients par terre mais je ne suis pas allé dans les unités Covid. Mais les autres internes ne m’ont pas non plus rapporté ce genre de cas. 

Quand je me balade dans les autres services, je constate que l’hôpital est complètement désert

 

WUD. Qu’en est-il du moral des internes ? 

L. G. Il y a deux populations d'internes très différentes : il y a ceux qui sont postés dans des services chauds et pour eux c’est difficile, car il y a beaucoup de patients. C’est lourd en ce qui concerne l’habillage, les précautions qu’il faut prendre, la manutention... Aussi, travailler dans un service où il y a des virus, c’est usant psychologiquement. Donc ces internes fatiguent. Dans les autres services où on a renvoyé tous les patients non essentiels, on se retrouve au chômage technique. Le mot d’ordre, c’est de ne pas envoyer tous les internes en même temps sur le front du Covid-19, il faut que certains se reposent tandis que d’autres sont sur en première ligne. Il ne faut pas non plus contaminer tous les soignants en même temps : ça risque d’être contre productif. Il y a beaucoup d’internes en sous-régime qui se réservent pour la suite. 

WUD. Qu’en est-il de votre formation d’internes ? 

L. G. Tout a été repoussé, le choix du stage du futur semestre a été mis en pause, nous n’avons pas non plus de nouvelles concernant le choix des stages de Dr Junior, cela fait un mois que tout a été mis en pause pour gérer la crise du Covid. Les doyens ont envoyé un courrier pour avertir que le semestre serait rallongé d’un mois pour éviter de rajouter une désorganisation due au changement d’internes en plein milieu de cette crise. Toutes les réunions ont été annulées. 

 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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