Covid-19 : quand science et politique doivent trouver leur tempo

Pendant la crise sanitaire, scientifiques et politiques ont dû apprendre à accorder leurs violons. Un exercice, mêlant agenda politique au temps scientifique, sur lequel est revenu le Président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, ce vendredi.

Cela fait de longs mois déjà que le Pr Delfraissy murmure à l’oreille du gouvernement. Lors du colloque annuel de l’UC2M ce vendredi 2 juillet, le Président du Conseil Scientifique est revenu sur le rôle joué par son équipe dans la chaîne de décisions politiques durant la crise sanitaire. « Nous avons voulu que ce soit une expérience d’intelligence collective », se souvient-il.

En tout, 250 réunions ont été organisées depuis le début de la crise sanitaire. « Et plus de 70 avis ont été rédigés », rapporte le septuagénaire. Un travail au long cours qui a contraint savants et politiques à apprendre à s’apprivoiser. « Il y a un climat de respect mutuel », assure Jean-François Delfraissy, qui souligne qu’un travail d’harmonisation des cultures a pourtant parfois été nécessaire.

« Je me souviens avoir expliqué au gouvernement qu’il a fallu quelques années pour développer le vaccin pour Ebola. On nous demandait des résultats en mars pour avoir des données fin-avril. Ça ne pouvait pas le faire », se souvient Jean-François Delfraissy. Désormais, il n’a d’ailleurs plus aucun doute : scientifiques et politiques ne partagent pas le même fuseau horaire. « Le politique est dans le jour. Le scientifique, lui, a besoin de semaines, voire de mois », rappelle-t-il.

À contre-courant de l’exercice politique, ce temps long permet habituellement au doute scientifique de rayonner. « La science est construite sur le doute. Un scientifique qui ne doute pas n’est pas un bon scientifique », assure le professionnel. Une exigence éthique qui se conjugue difficilement avec l’urgence décisionnelle qu’exige bien souvent l’agenda politique. « Le politiques, et en particulier les politiques français, ont un problème avec le doute », assure Jean-François Delfraissy.

« La notion d’anticipation est le troisième enjeu », poursuit le professionnel. Un mot vague que Jean-François Delfraissy précise en pointant du doigt la nécessité de prédire les prochains rebonds épidémiques.  « On a une anticipation d’une hausse du variant Delta à l’automne. Comment expliquer aux politiques la manière dont on passe d’une courbe linéaire à une courbe exponentielle ? », indique Jean-François Delfraissy.

Un travail de conciliation duquel a émergé des prises de décisions. « À l’inverse du politique, nous n’avions pas la pression de la décision », rappelle le Président. Une distribution des rôles qui a parfois abouti à des désaccords. « Le politique a pris parfois des décision dans un timing différent que celui conseillé par le conseil scientifique », indique le Président qui souligne pour autant que c’est « tout à fait normal ». « Le scientifique est là pour éclairer, mais c’est au politique de décider », continue-t-il d’argumenter.

Une expérience dont il tire pour autant une conviction. « Expert, politique et citoyen… La médecine, comme le sanitaire et la santé, est un enjeu suffisamment important pour que la décision soit partagée », indique ce fervent défenseur de la « démocratie sanitaire »

Portrait de Julia Neuville

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