Chirurgie orale VS stomato : la guerre du feu

L'Ordre défend une espèce en voie de disparition

What’s up doc a rencontré un médecin chômeur. Un médecin chômeur, vraiment ? Vraiment. Car le Conseil National de l’Ordre des Médecins ne reconnaît toujours pas sa spécialité.

 

Charles Albisetti a fini son internat en chirurgie orale en 2015. Il n’a pas encore passé sa thèse et souhaite exercer en libéral, mais il se trouve aujourd’hui dans une position plutôt incongrue pour un médecin : au chômage. Les explications ?Un trou dans la législation, des réticences conservatrices du CNOM, autant de raisons qui ont réussi à créer au moins un médecin chômeur.

Charles a souhaité dès la fin de son internat effectuer des remplacements dans le but, dit-il, de « mettre un pied dans un cabinet libéral et de démarrer en douceur ». Le problème ? Il souhaite remplacer en stomatologie, « dans l’activité de chirurgie orale » précise-t-il, ce que lui refuse l’Ordre. Question de législation, indique ce dernier : « en l’état actuel de la règlementation, il n’existe pas de possibilité de licence de remplacements pour les internes en médecine en DES de chirurgie orale ». Parce que selon l’Ordre,les chirurgiens oraux n’auraient pas les mêmes compétences que les stomatologues.

Se trouvant donc aujourd’hui sans emploi, Charles a contacté What’s up doc après plusieurs tentatives de recours. Fin 2015, nous avons tenté de joindre les personnes concernées, pour en savoir plus sur cette situation de « médecin au chômage ». On nous indique alors qu’on ne peut pas en dire plus, qu’on est en discussion, que le sujet est très sensible.

Une solution temporaire

Une réunion a malgré tout eu lieu à la fin de l’année en présence notamment du ministère, du CNOM, et de l’ISNI. A l’issue, Baptiste Boukebous, président de l’ISNI, nous indique qu’étant donné l’urgence, « le ministère s’est engagé à faire un texte au titre supraordinal », pour trouver une solution au problème des jeunes diplômés en chirurgie orale. Ce ne sera toutefois qu’une mesure temporaire. Il nous confirme que le CNOM était très réfractaire à l’ouverture du DES de chirurgie orale (DESCO), et affirme : « l’Ordre ne comprend pas que la stomato s’est divisée en deux parties : la chirurgie orale et maxillo-faciale ». Selon le syndicaliste, l’Ordre ne souhaite former que les seconds, alors que la stomatologie va disparaître.

Charles n’est pas le seul à devoir pointer à Pôle Emploi, selon Baptiste Boukebous. Jusqu’à maintenant, le ministère s’employait « à trouver des post-internats pour tous les internes de DESCO », explique-t-il. Mais ce cache-misère ne tiendra longtemps, car il faudra trouver une solution pérenne à l’exercice de ces futurs libéraux. Et l’Ordre devra bien finir par reconnaître la chirurgie orale.

Un combat préhistorique

Car la stomato est bel et bien en voie d’extinction : en 2011, année où le DES de chirurgie orale a été créé, le DES de stomatologie a été supprimé. Filière commune avec les odontologistes, elle n’est aujourd’hui toujours pas reconnue par le CNOM.

Et de vielles rancœurs en sont probablement la cause : l’Ordre semble avoir peur d’un mélange des genres avec les dentistes… Sur son site internet, il indique sa position sur la spécialité : « L’ouverture d’un diplôme d’études spécialisées de chirurgie orale à des internes en odontologie à parité avec des internes en médecine constitue une mesure potentiellement dangereuse […]. En conséquence, le CNOM […] demande […] que soit réaffirmé solennellement que seuls les médecins puissent avoir accès à une qualification chirurgicale ». Vieux débat donc.

 

 

Source: 

Cécile Lienhard

Portrait de La rédaction

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