Ce noir objet du désir

Ciné week-end: Get Out, de J. Peele (sortie le 3 mai 2017)

Chris, jeune noir américain en couple avec une fille tout ce qu'il y a de plus WASP, angoisse un peu à l'idée de rencontrer les parents de cette dernière, une psychiatre et un neurochir apparemment très ouverts. Il est loin d'imaginer la réalité de ce qui l'attend...Le film, qualifié de symbole d'une Amérique qui s'est endormie avec Obama pour se réveiller aux côtés de Trump, n'est pas uniquement le reflet de ce "cauchemar" mais aussi un excellent film d'horreur, jouissif et passionnant quel qu'en soit le degré de lecture.

Un petit chef-d'oeuvre. Une bombe. Un objet filmique clairement identifié qui réussit à surpasser tous les codes dans lesquels il s'est volontairement enfermé. Get Out est tout cela, et plus encore, mais il reste avant tout un excellent moment de cinéma.

Film d'horreur ultra-classique tout d'abord. La scène d'ouverture est un bref hommage à Scream, tandis que la majeure partie du film, dans laquelle le réalisateur prend un malin plaisir à installer son dispositif reposant sur une inquiétante étrangeté ponctuée d'éclairs d'humour "noir", fait irrésistiblement penser au Rosemary's Baby de Polanski. Les satanistes new-yorkais de la fin des années 60 sont devenus, époque oblige, de gentils bourgeois représentatifs du fameux "malaise de l'homme blanc". La jubilation des acteurs incarnant cette famille de dégénérés - mention spéciale à Catherine Keener, formidable psychiatre d'une perversité sans limites - et leurs amis est visible et communicative, et n'en rend que plus fort le contraste avec l'innocence du jeune Chris qui tente désespérément de ne pas croire tous les conseils et les préjugés qui l'ont conditionné et qu'il tentait de remettre en cause. Le scénario, bien que de plus en plus barré, conserve sa propre logique, ce qui permet au film de ne jamais déroger à son but ni a ses ambitions.

Mais dans l'Amérique de Trump et du #BlackLivesMatter, le film possède bien entendu un sous-texte politique. La résurgence d'une certaine paranoïa, basée sur de récents et nombreux événements tragiques, est utilisée par le réalisateur pour ancrer pleinement Get Out dans l'actualité de son époque. Nous remarquerons cependant que la force du film n'est pas de se conformer à un message attendu mais plutôt de le détourner subtilement: l'Autre, étranger à soi et à sa "race", n'est plus vu comme un ennemi à abattre mais comme un objet de convoitise dont il faut acquérir certains attributs, ce qui ne rend la partie de chasse que plus malsaine.

Cette facilité "diabolique" à jouer avec les codes, les fantasmes ancestraux et les peurs contemporaines ne pourra laisser tout cinéphile que collé à son siège. Même la fin, jugée décevante par certains, adopte une dimension supplémentaire dès lors qu'elle s'inscrit dans la macabre répétition du scénario de vie du pauvre Chris...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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