AP-HP : les conditions de travail des internes en question

Temps de travail, repos de sécurité, salles de garde, temps d’enseignement… Un audit mené à l’AP-HP objective les entorses aux règlementations concernant les internes. Et pour ceux qui craquent, le soutien est parfois compliqué à trouver.

Quarante-huit heures par semaine, pas plus. C’est la règle pour les internes. Mais ceux qui sont en poste savent qu’il est parfois impossible l’imposer, ou qu’il faut au mieux se battre pour la faire respecter. Un audit mené à l’AP-HP, dévoilé le 14 mai dernier en CME, vient objectiver ces expériences individuelles.
 
Mené en 2018 après d’environ 500 internes, plus de 300 chefs de service et une douzaine de directions des affaires médicales, il confirme que les internes interrogés dépassent largement leur temps de travail légal. Seuls 27 % le respectent. Ils sont en revanche 42 % à travailler entre 49 et 60 heures, et 5 % plus de 80 heures par semaines, « principalement en chirurgie », précise le rapport.

Il y a repos et repos

Un point sur lequel les hôpitaux franciliens ont progressé : le repos de garde. Mais là encore, son application reste aléatoire dans les hôpitaux franciliens, surtout chez les chirurgiens, encore eux. Plus de six internes interrogés sur dix déclarent qu’il est systématiquement respecté, mais pour près d’un quart, le repos reste relatif : ils sont sollicités pour des staffs, et les jours de repos de sécurité servent parfois pour caler les cours. Classique. Quelques internes (14 %) estiment justement qu’il sera compliqué pour eux d’assister aux enseignements universitaires.
 
Le rapport mentionne également les salles de garde. Elle recommande de poursuivre leur rénovation et « la réflexion sur leur équipement », tout en soulevant des questions sur leurs « avantages et inconvénients »

Risques psycho-sociaux

Quelles conséquences de ces conditions de travail pour les internes ? La réponse est maintenant bien connue : les risques psycho-sociaux. Et sur ce volet, le rapport d’audit est inquiétant. La fatigue est mentionnée par la moitié des internes, et 17 % déclarent être régulièrement les victimes de violences psychologiques.  
 
Le management est aussi pointé du doigt. Entre un quart et un tiers des internes dénoncent un manque de moyens humains, et des pénuries de main d’œuvre qui pèsent sur leur exercice quotidien. De manière étonnante, l’audit n’aboutit pas sur des recommandations sur ce sujet, en dehors d’une meilleure formation des encadrants sur le bien-être.
 
Pas de nouveau dispositif de repérage de la souffrance au travail, mais une meilleure communication et une meilleure utilisation de ceux qui sont déjà en place. Une majorité d’internes n’ont pas eu de visite médicale, et seulement « quelques dizaines d’internes » sont suivis par le bureau des internes. Un nombre bien plus inquiétant qu’il n’y paraît car il ne représenterait que « la partie émergée de l’iceberg », soulignent les rapporteurs. Il y a encore du boulot.

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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